Bibliothèque

Sous les lunettes de Zerbinette

La ville où les morts dansent toute leur vie

Où ta Zerbinette tourbillonna aux confins de la schizophrénie, sur les chemins obscurs d’une fiction graphique et obsédante aux maux enchanteurs.

"Deux grands oiseaux entrèrent dans le couchant de rouille, jaillis des fumées montées de l’autre bord des zones inondées qui stagnaient sous le couvercle des cieux métalliques." Comment te dire mon petit lecteur : lorsqu’une telle cascade lexicale se déploie dès la première page, ça me met en joie. Parce que j’ai la certitude que l’écriture fera la part belle au mystère d’une sombre poésie. Il émane de cet ouvrage une puissante charge sensorielle que d’aucuns nomment synesthésie. On en aurait presque la rétine qui frissonne.

La ville où les morts dansent toute leur vie est un roman polymorphe. Un carnet de voyage envoûtant, un aller simple au cœur d’une folie qui émeut, un road book onirique dont la noirceur fascine.

Mais revenons à l’histoire. Roque, dessinateur aussi bourru que solitaire trouve un jour à sa porte une drôle de cigogne : Tolman, improbable jardinier à la retraite vient lui confier Léonore, splendide, sensuelle, et schizophrène. Troublé par ce diamant brut qui est sans doute sa fille, il se met en tête de l’aider à trouver "La ville où les morts dansent toute leur vie", espace imaginaire dans lequel la jeune femme s’enferme dans l’espoir de survivre à l’abandon maternel.

S’ensuit un récit polyphonique où alternent voix du père et croquis, errances intérieures de la fille et rencontres apocalyptiques. Tu ne seras guère surpris d’apprendre que l’ami Pelot, auteur de ce roman, a jadis sévi dans la BD. Amoureux de Mad Max, réjouissez-vous, l’atmosphère captivante de ce roman laissera longtemps son empreinte.

La ville où les morts dansent toute leur vie de Pierre Pelot, 372 p., éditions Fayard.