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La voix des vagues

Où ta Zerbinette succombe doublement pour deux personnages en quête d’identité. L’un au pays du soleil levant, l’autre en Inde. L’un après le bombardement de Nagasaki, l’autre au commencement du monde. L’un pour les adultes, l’autre pour les enfants. Et tous deux je l’espère sous ton sapin.

Je me suis laissée séduire il est vrai par La Griffe Noire. Quand ce punk bibliovore a présenté le roman comme celui qu’on ne lâchait plus jusqu’à la dernière page, j’ai esquissé un rictus. « La voix des vagues »... Un titre niais et sirupeux, parfait pour un Harlequin. Un choix littéraire bien surprenant pour un rebelle à houppette.

Et j’ai lu. D’une traite comme annoncé.

Le visage et le corps brûlés par Pikadon, l’explosion atomique qui a détruit une partie de Nagasaki, Hideo Watanabe, survivant miraculé, part en Amérique à la recherche d’Amaterasu, sa grand-mère, dont il a été séparé depuis le drame. Il avait 6 ans.

Cette dernière reçoit cet homme qu’elle ne veut pas reconnaître, avec suspicion. Il est porteur d’une lettre sensée lui prouver qu’il est bien son petit-fils.

Se joue alors à rebours la lente et magique déconstruction d’un tragique et vénéneux secret.

Nous revoilà à Nagasaki quelques années avant la guerre dans une famille japonaise attachante de simplicité. On y découvre la douceur de vivre et la stupéfiante beauté d’une ville qu’on ne connaît que détruite dans les manuels d’histoire. La violence de l’explosion y est vécue d’autant plus intensément que, la petite histoire familiale des personnages ayant rejoint la grande, elle nous semble doublement stupéfiante. Jusqu’à la dernière page, l’auteur nous ferre, ciselant avec un raffinement cruel et sublime les contours d’une tragédie amoureuse, familiale et historique poignante mais terriblement réaliste.

Voici mon brave lecteur un roman à large spectre. Témoignage historique, carnet de voyage, thriller naturaliste, et livre du souvenir, c’est une œuvre à lire et à offrir, indéfiniment.

Jackie Copleton, La voix des vagues,