Chronique

Le 5ème cercle

Retour sur Tsondrano, cinquième album du sorcier Urbain Philéas.

Guérisseur très impliqué dans la tradition malgache – il a le titre d’ombiasy - Urbain est aussi connu à La Réunion pour être le fils de Granmoun Lélé, et fait partie d’une famille que l’on considère généralement comme gardienne du maloya traditionnel. Cet héritage se ressent logiquement dans ce nouveau disque, où les percussions sont puissantes et rapides, les voix affûtées, tranchantes et très nettement enregistrées. Mais le maloya gasy d’Urbain se distingue par une richesse et une complexité mélodique qu’on ne retrouve, peut-être, chez aucun autre maloyèr à La Réunion. Déjà en charge des arrangements de voix dans le groupe familial qui tournait avec son père, il est aujourd’hui, en plus d’un excellent chanteur, un maître chanteur hors-pair. Les chœurs et les répondés sur Tsondrano sont inspirés, subtils, lorgnant ici le blues, là plutôt le classique, au point parfois d’évoquer le cantique.

On comprend pourquoi le phénomène sénégalais, Faada Freddy(invité au prochain Sakifo), passé par hasard en studio lors de l’enregistrement du disque quelques jours après son concert au Kabardock l’an passé, a insisté pour enregistrer une chanson avec eux. Cadeau surprise qui clôt l’album en feu d’artifice de vocalises sur Tsy Misy Kabary. Quatre ans après Fiamboiany, Philéas ajoute donc une nouvelle pierre à l’édifice déjà solide de la légende familiale.

Un regret tout de même : la conception limite et la finition bâclée d’un digipack aux textes illisibles farcis de fautes. On n’est pas du tout à cheval sur le français mais les virgules dans tous les sens, les espaces qui manquent, la mise en page catastrophique découragent de lire les textes. Mais ce qui compte, c’est d’abord la musique et là-dessus, la nouvelle bénédiction du sorcier est irréprochable.