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Eric Bibb

Le blues du Nouveau Monde

Les 14 et 15 avril, Eric Bibb l’un des hérauts du blues contemporain viendra nous enchanter : une expérience musicale et spirituelle.

« Joue simplement. Oublie tous les trucs trop sophistiqués » : telle serait la formule, adressée à Eric Bibb, alors apprenti guitariste, âgé de 11 ans, par le maître Bob Dylan. Depuis, ce mantra à l’évidence solaire, n’a cessé de guider la route musicale – doigts sur les cordes, voix reliée au cœur – de l’un des plus charismatiques et talentueux bluesmen contemporains.

Né en 1951, au beau milieu de l’ébullition créative de New York, Eric Bibb pousse ses premiers balbutiements dans une famille de musiciens. Son père, Leon, chanteur « folk » des sixties, se produit au théâtre et à la télévision ; son oncle, le fameux John Lewis, excelle comme pianiste et compositeur au sein du Modern Jazz Quartet. Quant à son parrain, il n’est autre que l’illustre Paul Robeson, chanteur, acteur et activiste pour les mouvements des droits civiques.

Dans ce tourbillon artistique, Eric grandit avec, pour seule obsession, les mélodies, les harmonies, et les escapades enchantées sur son instrument. Souvent, l’enfant sèche l’école, pour se réfugier dans le son, balancer des disques – Joan Baez, The New Lost City Ramblers, etc. –, des couleurs qui deviendront son fil rouge. A 19 ans, guitare sur le dos, il débarque à Paris, fait ses premières gammes dans les troquets. Plus tard, il déménage en Suède. Vite, le choix de sa voie musicale lui apparaît, claire : ce sera le blues, ce chant des ancêtres, celui de la terre, de la souffrance, de l’espérance et de la lumière, un son « brut et tendre », celui de la vérité, qu’il a chevillée au corps.

Loin de lui, pourtant, l’idée de se limiter à une tradition figée, à la reproduction trop sage de ses aînés. Par la magie de sa voix d’airain et de velours, guidé en esprit par son mentor Taj Mahal, il émancipe le blues, le conjugue au présent, le créolise, le frotte à la soul, à la folk, au jazz, le confronte à la lueur de tous ses voyages. Au gré de ses quelques 40 disques, il n’aura de cesse de parer sa musique d’infinies nuances. Ce sera l’Afrique, le rouge aride du Mali lors de sa collaboration avec le guitariste et chanteur Habib Koité (Brothers in Bamako, 2012). L’Afrique encore, mâtinée de soul et de gospel, avec son somptueux Jericho Road (2013). Les horizons « folk » de Lead Belly, visités en compagnie de JJ Milteau (Lead Belly’s Gold, 2015). Ou encore une plongée, âme la première, dans le bayou et les influences cajuns, avec Deeper in the well (2012).

Les 14 et 15 avril, au Kerveguen puis au Kabardock, il revient avec un nouveau disque, Migration Blues, tant enraciné dans l’histoire, que chargé d’une actualité poignante.

Par ce projet inédit, Bibb attire les oreilles de ses auditeurs sur le sort et le destin des réfugiés. « Ce sont le plus souvent des êtres humains courageux qui tentent d’échapper à l’horreur. Fuir la guerre, échapper à d’atroces souffrances : ce phénomène a toujours existé dans le monde entier au cours des siècles. Chaque culture recèle des histoires et des chansons sur le sujet. », explique-t-il en préambule. Piste à piste, le troubadour dresse ainsi un parallèle entre les anciens esclaves noirs, qui fuyaient la ségrégation, la misère économique du Sud rural pour les villes industrielles du Nord, et le mouvement migratoire actuel des réfugiés des pays en guerre du monde arabe, vers l’Europe… Chaque concert d’Eric Bibb s’impose comme une expérience musicale, spirituelle, à travers son jeu, aux frontières de l’intime, du cœur et de l’universel : un blues du Nouveau Monde…

Au Kerveguen, la première partie sera assurée par l’immense Christine Salem... qu’on ne présente plus !

Au Kabardock, la première partie sera assurée par le chanteur malgache Mamiso, qui éclaire avec magie et puissance, les belles polyphonies de sa Grande Ile.

A2L