Cinéma
Di Caprio en keuf parano gay du FBI avec un oedipe gros comme un catcheur slovène contre Brad Pitt en jogging, un tableur Excel et du baseball, c’est le gros duel de beaux gosses dans les salles cette semaine.
Contagion Vs. Intouchables
Une pandémie mortelle, Steven Soderbegh et l’OMS contre un handicapé, une moitié d’Omar et Fred et des bons sentiments, c’est le (...) +++
Le Stratège
Le Pitch : Brad Pitt, c’est le Guy Roux du baseball. Il est sapé comme un clodo sponsorisé par Décathlon, son équipe a le budget de l’AS Marsouins, mais il veut quand même gagner le championnat du monde. Avec un stagiaire nerd obèse, un vieux PC branché dans une cave et des stats comme dans PES, il fabrique une équipe handisport à bas prix avec les joueurs dont personne ne veut, et tente de remporter le titre.
Les points forts, les points faibles
Le film est basé sur l’histoire vraie de Billy Beane, manager d’une petite franchise d’Oakland, qui au début des années 2000 introduit une vision nouvelle du baseball fondée sur un objectif simple : obtenir le plus grand nombre de victoires au cours d’une saison au plus bas prix possible, en embauchant des joueurs pas chers et sous-évalués sur un marché où le feeling et le panache priment encore sur l’efficacité. Il s’appuie sur des calculs statistiques plus que sur le mystérieux flair des oracles sportifs, et s’attire les foudres d’une vieille garde qui voit d’un mauvais oeil cette froide méthode analytique, qui remet en cause le savoir hermétique et approximatif qui leur sert de gagne-pain. C’est de loin l’enjeu le plus intéressant du film, le portrait de l’homme incarné par Brad Pitt étant assez banal, et tout le reste ennuyeux pour qui ne comprend rien aux règles du baseball - c’est-à-dire la grande majorité des non-américains.
Le Stratège soulève donc une question cruciale dans le sport contemporain, gigantesque business qui brasse des milliards, et qui semble encore gouverné par une pensée magique de la performance : experts, commentateurs, entraîneurs bâtissent leurs avis sur des intuitions qui frôlent souvent la charlatanerie, et le succès est encore perçu comme une récompense mystique, insaisissable - cette fameuse magie du sport qui est censée rendre la compétition intéressante en dépit des manifestes inégalités financières entre les équipes.
En fondant sa stratégie sur le tri informatique des statistiques, Beane fait voler en éclat les superstitions et démontre sans le vouloir l’inanité du romantisme sportif. C’est le contre-pied parfait au film de sport habituel, où l’accent est mis sur l’exploit, sur le talent individuel et surnaturel : ici ne reste, sur les pelouses bordées de panneaux publicitaires, que la triste réalité du capitalisme financier, morne machine froide et dépassionnée. Et les cris de la foule dans les gradins semblent tout à coup absurdes et pathétiques.
J. Edgar
Le Pitch : Le chef paranoïaque et conservateur du FBI dans les années 50 avait une maman tyrannique et plein de secrets dans son placard de gay refoulé. Ce vieux voyou de Clint Eastwood déballe tout.
Les points forts / Les points faibles :
Eastwood prend le parti d’une biographie intime du très paranoïaque et très homosexuel J. Edgar Hoover, figure emblématique du légendaire FBI, qu’il dirigea pendant 50 ans, voyant défiler 8 présidents, des débuts de la criminologie moderne à la chasse aux communistes et la fin de la guerre du Vietnam. Folle claustrée dans le déni, ce J. Edgar superbement campé par le toujours génial Leonardo Di Caprio (dont on se demande bien pourquoi il n’est pas nommé pour l’oscar, alors que les grimaces de Jean Dujardin sont acclamées partout) apparaît comme un monstre psychique obsédé par les secrets privés des autres, comme pour noyer dans le voyeurisme la culpabilité de ses penchants réprimés et de ses amours interdites avec l’un de ses adjoints.
C’est le coeur du film : la relation entre la frustration sexuelle de l’homme et ses choix politiques, une façon de revoir l’histoire moderne des Etats-Unis sous l’angle de la pulsion et du refoulement. De ce point de vue, c’est aussi un peu une suite au film de Gus Van Sant, Harvey Milk, qui avait été écrit par le même scénariste (Dustin Lance Black). J. Edgar marque le retour de Clint Eastwood à son plus haut niveau d’élégance, celui de Gran Torino ou de L’Echange, qu’on avait craint de ne plus retrouver après le niaiseux Au-delà. C’est l’un des tout meilleurs biopics, à ranger avec Aviator de Scorcese au rayon grande classe.
Le Verdict
Le Stratège est un bon film, solide, en prise avec l’époque et rarement ennuyeux, mais vous pouvez attendre sa sortie en DVD. J. Edgar, en revanche, est un chef d’oeuvre, fin et vaste et sublime, filmé par l’un des tout meilleurs cinéastes en exercice et porté par un acteur confondant de génie : il faut absolument y aller.






