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Sous les lunettes de Zerbinette

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie

Ah ! Katarina, pourquoi as-tu cédé à la tentation commerciale qui pousse les auteurs à remuer les strates du passé et à tremper leur plume dans les remugles des douves, la sueur des combattants en cotte de maille et le sang des origines ?

D’accord tu as choisi les Vikings, peuple méconnu et truculent pour cadre de l’intrigue, mais franchement, sortira-t-on un jour de ces jeux de trône, de lutte pour le pouvoir, de guerriers en barbarie qui finissent par nous barber à force d’être éternellement ressuscités de clichés en platitudes...

Toi qui étais si drôle et si touchante dans l’intimité du quotidien ! Le mec de la tombe d’à côté, Mon doudou divin n’avaient pas besoin de tant d’artifices pour nous plaire ! Quelques personnages bien campés dans ce réel indéchiffrable auquel ta plume ironique donnait finalement sens.

Bon revenons à tes Vikings puisque tu as voulu nous éblouir de nouveauté. Säbjörn est un Viking tout ce qu’il y a de plus authentique. Il est sale, virulent, borné et pugnace. Une parfaite illustration pour un paquet de céréales. Il a deux fils qui, tels Remus et Romulus, Caïn et Abel finissent par se haïr. Comble de malheur, leur mère bien aimée disparaît mystérieusement. Au même moment de l’autre côté de la Baltique, Radoslav et sa sœur Milka, enfants d’un marchand de soie doivent quitter leur ville natale tombée aux mains des pillards. Et je te le donne en mille, ils tombent sur la famille de Säbjörn. Les destins se nouent et les péripéties affluent. Bon. D’accord parfois on se prend un peu au jeu. Mais ça n’a pas la saveur de tes premiers romans, qui n’avaient pas besoin de tant d’action pour nous remuer. Et puis l’onomastique me laisse sceptique. "Petite Marmite", "Poisson d’or" ??? C’est sensé nous attendrir ? Nous faire sourire ? Moi je te le dis franchement ma Katarina, ça m’a gonflée.

Laisse donc les morts reposer en paix et reviens à tes premières amours, à tes comptables et tes bûcherons, à tes héros du quotidien qui nous parlent bien mieux que les fantômes botoxés par l’appât du gain. Tu vaux tellement mieux que ça...

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie de Katarina Mazetti, 256 p., éditions Gaïa.