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Sous les lunettes de Zerbinette

Les cœurs en skaï mauve

Sacha Sperling est un « fils de ». Alexandre Arcady et Diane Kurys, en l’occurrence. Qui a créé la polémique avec son premier opus, à 19 ans, Mes illusions donnent sur la cour.

Bref, typiquement le genre d’auteur qui attirait ma suspicion, moi, petite Zerbinette de rien du tout. J’ai donc entrepris la lecture de ce roman avec un vague dédain teinté de lourdes projections. Jusqu’à ce que l’écriture opère de son charme désabusé. Quel brio, pour si peu de matière !

L’histoire est si simple, une errance juvénile dans la banlieue parisienne qui se donne des airs de road movie dans le grand ouest. Jim et Lou, deux paumés de pacotille qui s’inventent en Bonnie And Clyde entre deux aires d’autoroute, traînant leur passion fugace d’hôtels minables en fast food miteux, cultivant le mirage d’une vie hollywoodienne jusqu’à ce qu’il s’éteigne, crûment.

Puissamment poétique, le monde de Jim s’obstine à sublimer la réalité jusqu’à l’obsession. Touchant et grotesque, trivial et clinquant, le roman repose sur une dichotomie qui brouille les frontières. Une histoire d’amour à sens unique sur les routes de nulle part. Et une authentique réussite.

Les cœurs en skaï mauve de Sacha Sperling, 248 p., éditions Fayard.