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Les gâteaux sur La Cerise

Pour sa sixième bougie, La Cerise ne manque pas de souffle et s’offre toute une semaine d’anniversaire.

Un mois tout rond après la neuvième décennie d’Elizabeth II, l’anniversaire du café le plus culturel de l’ouest se devait d’être hors-norme. Pour l’occasion, le lieu revêtira ses parures cabaret, affichera des pendrillons, verra pousser une barre de pole dance, accueillera un stand BD…

« On va carrément transformer La Cerise, se réjouit Mimi, à la tête du bar depuis le début. Tu vas entrer dans La Cerise et ce ne sera pas comme d’habitude. On aime bien se faire surprendre par des idées d’artistes. »

Pour être sûre que la party soit tout à fait surprise, elle a même décidé de confier l’organisation de cet anniversaire à un délégué plénipotentiaire, le guitariste Mongi Yahi. Musicien de jazz actif dans diverses formations, Mongi a logiquement choisi de donner une couleur bleue à cette semaine pour laquelle il a, carrément, monté un groupe. Le One Truth Band, formé par le batteur Dimitri Domagala, le pianiste Thürynn Mitchell et le bassiste parisien Rémi Chaudagne, véritable tueur et pédagogue en visite dans l’île pour une série de masterclass à l’EMA de St-Leu et au conservatoire. Ce quartet, déjà peuplé de remarquables improvisateurs, invitera en outre chaque soir un soliste différent : Teddy Baptiste, Teddy Doris, Frédéric Piot, et Pierre Pothin.

«  Faut venir parce que c’est du jazz et qu’on a de super musiciens à La Réunion. C’est une sacrée chance. » vante Mimi, qui se félicite de la diversité des soirées jazz que le lieu accueille. Mais les jams ne sont qu’une facette d’une semaine anniversaire en forme de happening multi-support qui mélangera DJs, plasticiens, danseurs classiques et contemporains, et qui proposera même une vente aux enchères d’œuvres produites au cours de la semaine lors de sessions quotidiennes de live-painting.

MONGI, GOUROU DE L’ÉVÈNEMENTIEL

Mongi, cerveau fantasque derrière ces éclectiques célébrations, précise que cette vente « abordable » (comme s’il était possible de prédire l’issue d’une enchère) sera le point d’orgue d’un véritable crescendo festif, qu’il envisage comme un tremplin à des projets de plus grande envergure. Il nous explique d’abord être en pourparlers avec de petites entreprises pour obtenir des contributions financières, et on commence à voir ce que Mimi veut dire par « se faire surprendre par les idées d’artistes » quand il se met à puiser dans le vocabulaire des guides spirituels et de l’idéalisme exalté pour faire de cette petite semaine le point de départ d’un mouvement d’envergure qui révolutionnerait le mécénat : « En intégrant des start-ups, j’ai l’idée de mêler plusieurs genres créatifs. J’imagine plusieurs événements dans l’année dont l’objectif serait de montrer le savoir-faire réunionnais. Dans le sponsorat et le mécénat, il n’y a pas de retour. Moi, j’aimerais créer une réciprocité, faire en sorte que les créatifs puissent aider les entreprises. Dans leur communication par exemple. » Une fois scellée la formidable alliance, artistes et entrepreneurs pourraient travailler ensemble à « changer l’image de La Réunion. »

Vous pensez que Mongi s’enflamme ? Nous aussi. Et même lui concède que « c’est un peu utopique, un peu rêveur…  » Mais s’il est bien un endroit où il est permis de rêver tant qu’on veut, c’est bien dans ce petit café où les fêlés du bocal et les artistes de tout poil sont comme chez eux. L’enthousiasme de Mongi tient finalement peut-être à ça : « À chaque fois que j’ai demandé à jouer, on m’a super bien accueilli, on m’a fait confiance. On n’est pas dans cette dynamique de business où les gens tirent leurs fûts de bières et se foutent de la musique. Ici, il y a véritablement un investissement et une appréciation artistique. »

AVENIR & VOISINAGE

C’est sans doute ce bel esprit d’ouverture et l’ambiance qu’il a contribué à créer qui font le succès durable de La Cerise sur une île où la flottille culturelle nocturne a connu bien des naufrages : « Dans le culturel, c’est dur de tenir sur le long terme, témoigne Mimi. On a essuyé quelques changements difficiles ces deux dernières années parce qu’on n’est plus vraiment partenaires avec Léspas, donc il n’y a plus d’émulation entre le lieu institutionnel et le lieu plus alternatif. Ça, pour nous, c’est dur car ça faisait partie du projet. On survit quand même sans eux, mais ça a moins de sens.  »

Depuis qu’une nouvelle direction a pris les commandes de Léspas Leconte de Lisle, les rapports de voisinage se sont en effet tendus entre des structures autrefois camarades. Par exemple, la cour arrière de Léspas était auparavant mise à disposition de La Cerise pour accueillir les foules déplacées par les Mardis de l’impro. Léspas nouveau a commencé par facturer sa location au petit café culturel, avant de lui en interdire tout simplement l’accès, désormais réservé aux voitures.

Qu’importe si ce parking est le plus souvent vide la nuit… Frondeuse, la fine équipe de La Cerise a pu plancher avec des services municipaux pour privatiser la rue Eugène Dayot lors des soirées les plus fédératrices. Une équipe qui risque de perdre un de ses piliers puisque Mimi évoque la possibilité d’un départ prochain. « Je ne suis plus indispensable ici et j’ai des projets persos parce que je suis jeune maman et qu’être dans un bar tous les soirs quand t’as un petit bout, c’est difficile. Mais rien n’est encore fixé, j’attends des réponses pour des projets culturels, on va voir.  »

Si le départ n’est pas encore confirmé, Mimi sait que l’établissement est entre de bonnes mains et qu’il semble propice à l’expression des ambitieux. « La Cerise restera La Cerise.  » conclut la patronne, confiante.

Antoine d’Audigier-Empereur