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Les infâmes

Le roman noir qui fait tourner les pages aussi vite que la tête.

Certains clichés sont tellement rassurants qu’on aurait presque envie de célébrer leurs retrouvailles. Raison pour laquelle, sans doute, la lecture de l’œuvre Les infâmes, dernier roman noir de la surprenante Jax Miller, plébiscité par Télérama, me fit vivre trois jours durant une bienheureuse résurrection littéraire. Voilà bien longtemps que je n’avais lu avec une telle frénésie, bref, que je n’avais connu l’authentique plaisir tenace que procure une intrigue ficelée sous ta gorge.

Et pourtant je te le répète petit lecteur, rien de bien innovant dans cet édifice, côté matières premières : tous les ingrédients de la grande Amérique s’y télescopent savamment, de l’échappée belle en moto dans le Nevada à la course poursuite en voiture de flics, en passant sous les néons glauques d’une cafét’ pour routiers fachos, sans oublier les vierges séquestrées dans les effluves citronnés d’une secte champêtre, ni les pérégrinations pénitentiaires du Ricain confit de drogues et de malbouffe.

Alors quoi Zerbinette, faut-il en conclure que cette rubrique servira désormais d’alibi aux lectures bas de gamme, fleurant le quai de gare et la tête de gondole de chez WallMart ? Du tout. Gageons au contraire que la formidable Freedom Oliver, personnage central dont le charisme farouche transpire à chaque détour d’intrigue, saura t’attacher à sa cause. Traquée par sa belle famille – truculent portrait des Bidochons revus et corrigés à la sauce ketchup – son épopée ravigote autant qu’elle dépote. Bref, pas de la camelote.

Jax Miller, Les infâmes, Flammarion, septembre 2015, 328 p.