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Sous les lunettes de Zerbinette

Les visages

Voici un roman (Grand Prix des lectrices de Elle 2010 et élu meilleur thriller de l’année par le New York Times) qui ne mérite pas tout à fait d’être considéré comme un seul thriller. Non que le suspens en soit absent, mais plutôt en raison de sa richesse thématique, et de la lenteur parfois hypnotique du déroulement.

Allez cher lecteur, je m’explique pour ne pas te faire accroire que la Zerbinette a trempé sa langue dans les copeaux de bois pour te servir du verbiage pompeux en guise d’explication.

Ethan Muller, possède une galerie d’art huppée au cœur de Manhattan, une petite amie cougar, un nom de famille illustre et un compte en banque florissant. Sa vie lisse et désabusée s’emballe lorsqu’il reçoit un appel de l’homme de main de son père, lui demandant de venir estimer une singulière œuvre d’art. Trente deux cartons contenant des dessins composant une fresque de la taille d’un demi continent l’attendent...

Mais alors qu’un thriller traditionnel actionnerait progressivement ses rouages mécaniques, te promenant de crimes en horreurs, ce roman brillamment construit à double voix te promène dans les tréfonds d’une généalogie complexe, exhumant secrets de famille sordides et ambitions venimeuses pour te conduire doucement aux portes de la vérité. Tu en sortiras plus envoûté qu’ effrayé, et charmé aussi par le raffinement d’esthète de l’écriture.

Les visages de Jesse Kellerman, 772 p., éditions Sonatine.