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Libéré de l’ivraie

Un décor minimaliste, un seul acteur, Erick Isana, qui incarne six personnages et véhicule une émotion phénoménale. Avec Fer6, Francky Lauret offre un théâtre brut qui n’a besoin de rien pour touiller dans nos tripes.

L’histoire, on commence à la connaître. Au lieu de jouir de sa liberté toute légitime, Furcy croupit en prison comme pour apprendre la leçon : esclave tu étais, esclave tu resteras. Il luttera pour sa liberté, passant par les voies légales, sous l’œil goguenard de ses compagnons de cellule qui envisagent pour eux le maronnage ou la résignation.

L’assoiffé de justice, les moqueurs et même les oppresseurs sont joués par un seul homme, Erick Isana, qui fait des infidélités à la comédie pour nous plonger dans la gravité palpable des prisonniers. Et le bougre excelle au jeu de la tragédie. Comédien puissamment organique, il nous happe dans son histoire en sautant d’un rôle à l’autre, adaptant sa diction et ses poses et toujours, même en plein dialogue, nous savons quel personnage se présente sous nos yeux.

Et dans cette palette de rôles, le dernier mot revient au Bourbonnais, gros blanc cynique qui nous crache notre lâcheté à la gueule, indignes que nous sommes de gâcher nos libertés, de ne pas défendre celles qui ont été acquises par la sueur, parfois par les armes. C’est le seul personnage qui a la capacité de faire un bond de plusieurs siècles pour constater que l’inconséquence de la nature humaine se porte bien et que les défenseurs de la liberté seront toujours minoritaires.