Portrait

Rencontre avec Rit, homme-quintette

Lonesome cowboy

Il vient de publier un merveilleux livre musical chez Actes Sud, il sort un album live et prépare son 7e disque pour octobre, Western hip-hop. Il s’appelle Rit. Salué par la critique nationale dès 2001, il est aujourd’hui un peu injustement oublié des médias. Il a pourtant un talent fou. Rencontre avec un prolifique bonhomme, qui en plus est un chic type.

Casquette américaine vissée sur la tête, chemise à carreaux, Rit arrive au café où l’on s’est donné rendez-vous. Il a la même allure que celle qu’on s’était imaginée en regardant les photos de presse. Puisqu’il vient avec trois projets sous le bras, on pourrait se le représenter pressé, fier ou fougueux. Il n’est rien de tout cela.

Car ce qu’on distingue d’abord, c’est l’accent : notre homme vient de Marseille. Mais pas un accent méridional et bourru à la Jean-Claude Gaudin, non : un accent chantant, presque poétique, à mi-chemin de ceux de Saint-Pol-Roux et de Jean-Claude Izzo. Car Rit a la voix douce, ce qui l’a sans doute aidé à écrire Le Voleur de sommeil, cet album pour enfants, qui n’a d’enfantin que le nom, tant les compositions qu’il propose ravissent les oreilles de tout âge.

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Il faut dire qu’en matière musicale, l’homme tient son rang. Auteur de six albums signés sous d’excellents labels (Wagram et Discograph notamment), dont certains ont été encensés par la critique, il a collaboré avec Vincent Erdeven (Zenzile) pour Sans tambour ni trompette, son deuxième album, et avec Papet-J du Massilia Sound System, ce qui fit naître le très bluesy Papet-J.Rit. Tout cela au milieu de près de six-cents concerts.

Et en 2011, après avoir fait d’incessants allers-retours entre la métropole et l’île de La Réunion, il a eu envie de venir s’installer dans cette dernière. Officiellement pour se reposer de la tournée de Bric à Brac ; officieusement à cause d’une jolie femme. Dès lors, il habite dans le sud, écoute les oiseaux briller et le soleil chanter, fait de la musique, beaucoup de musique, et seulement celle qu’il aime.

Et puis il découvre surtout quelque chose de nouveau : la création musicale en solitude, sans équipe, même si "de bons samaritains sont là pour [l’] aider." Cela rappelle un autre parcours, celui de Christophe Miossec, qui fréquenta de longs mois le Zat, à Saint-Leu, en préparant ce qui deviendra son second disque, Baiser.

Rit, qui ne connaissait pas cette anecdote sur le chanteur brestois, l’a accueilli avec amusement. Lui, il a choisi l’Entre-Deux, et y a créé un petit studio, qu’il appelle "l’homme-studio". Il dit que ces deux M sont une manière d’insister sur le côté artisanal de son travail, mais en l’écoutant parler, avec une sincérité qui force l’admiration, on sent bien que c’est aussi une façon de souligner son humanisme, qui s’envolerait dès lors qu’il serait affirmé.

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Car derrière le sourire juvénile avec lequel Rit raconte faire des albums – un peu comme l’adolescent qu’il fut créait des K7 artisanales, avec pochette et tout –, on sent parfois la faille. On sent émerger, soudain, alors qu’on recommande un second café, la fragilité de l’artiste qui maquille d’humour un constat parfois désabusé. On sent chez celui qui vient "de l’école de Renaud", dont il aime "la provocation et la poésie", la même candeur inquiète. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter sa "Complainte du chêne", où il prouve qu’il a ce talent rare de savoir utiliser des mots simples pour toucher les gens. Rit, c’est un type qui supprime les bruits de vent prévus sur son album parce qu’ils font peur à son fils qui le regarde travailler.

"Avec le temps, on s’affranchit de pleins de choses", et quelques machines suffisent à faire un album dans une case. Cette liberté technique permet à Rit de créer de petites ambiances, de tout faire à la voix. Aujourd’hui, le do-it-himself l’incite à aller vers "le tout-petit" et "le filigrane". Quelques instruments, un huit-pistes, et de la solitude : pour celui qui était très entouré en métropole, c’est la preuve d’un indéniable courage, même si "c’est parfois une liberté cher payée".

Pour l’artiste sincère qu’il est, l’exigence a donc un coup, celui de l’inconfort. Enfiler sa chemise à carreaux, visser sa casquette américaine sur la tête, s’enfermer dans le "homme-studio", et trouver les mélodies justes. Pour nous toucher au cœur.

Texte & photos : Nicolas Millet

Retrouvez ses réponses au questionnaire de Proust dans la galerie médias ci-dessous.


L’ACTU DE RIT


Le Voleur de sommeil
Livre-disque pour enfant, mais pas que, ce récit musical suit les aventures de trois insectes partis à la recherche d’un hibou solitaire voleur de sommeil.

Rit en live
L’homme quintet et ses mille pédales d’effet a enregistré en décembre deux sessions live à La Cerise de Saint-Paul. L’occasion de se rendre compte de son talent de performer, et de sa technique assez épatante.

Western hip-hop
Samples de Sergio Leone, punchlines désabusées, banjos endiablés, beats velus, et une colère latente planquée sous l’auto-dérision : ce 7e album consacre Rit comme le plus fun des anti-héros de la chanson française. Restez branchés, on en reparle à sa sortie !

En concert le 8 juin sur le Sakifo Marmay.

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