Coup de coeur

En 1ère partie de Féfé

Mam’zel Soleil

Féfé trace sa route en solo depuis presque dix ans maintenant. C’est son troisième album qu’il vient présenter ce soir au Kerveguen. Intitulé « Mauve », il est défini comme « une synthèse parfaite entre le rose de la vie et les bleus à l’âme ». Mais l’ancien membre de OFX et du Saïan Supa Crew, illustre rappeur et chanteur, ne m’en voudra pas, je l’espère. En effet, l’occasion m’est offerte de mettre cette fois en lumière la demoiselle qui jouera sa première partie. Projecteurs sur Jade, parce que sa musique le vaut bien.

Tourne le mic’

Ceux qui fréquentent le milieu musical péi, les bœufs, sound systems et autres kabars, ont sûrement déjà croisé cette jolie brune haute en couleurs. Née à St joseph il y a 28 ans, elle a toujours été sensible à la musique et au partage que l’on peut y trouver. « J’ai toujours traîné dans les sound systems. On faisait tourner le mic’ comme on dit ! Mon truc c’était l’improvisation : j’ai commencé comme ça. » Jade développe ainsi peu à peu une étonnante façon de chanter, extrêmement spontanée et naturelle, avec une signature vocale reconnaissable entre toutes.

Depuis 2014, Jade partage son temps entre Bordeaux et la Réunion. De chaque côté, elle participe à diverses formations et projets, là où le cœur la porte. Elle compose, écrit, et interprète ses chansons.

L’improvisation, c’est visiblement son truc aussi dans la vie. Jade est une aventurière qui cueille sans trop de peur les possibles, quand elle les croise. Pour l’anecdote, sur une rencontre, elle passe ainsi de « distributeuse » de journaux devant le métro, à garde du corps. Suivant le hasard et croyant, au mieux, à une blague du destin, elle a bel et bien été chargée de la « sécurité privée » d’une baronne en Normandie. « Je me suis dit : tu fais de la lutte, allez ça paaaaasse, tu vois ! ». Illustration cocasse de l’ouverture d’esprit de la nana…

Concerts sur mesure

Mais revenons à notre caillou. Depuis quelque temps, Jade et ses dalons expérimentent un concept original, avec un projet nommé « Sur Mesure ». Il s’agit de ce qu’ils appellent la « musique instantanée ». « C’est un travail d’improvisation structurée, sur le concept des spectacles de théâtre d’impro », explique la chanteuse. Sont tirés au sort, avec l’aide du public, une tonalité, un tempo, une teinte mineure ou majeure… à partir de ces « contraintes », les musiciens se mettent à jouer. Cette façon de faire vivre le spectacle permet aux gens d’assister en live, et même de prendre part à la création des morceaux. « Chaque concert est unique. On le fait avec le public, dans l’instant ».

Si l’improvisation est la forme de prédilection de Jade, ce type de construction demande toutefois un énorme travail en amont, notamment sur la communication entre les musiciens : une fois en live, ils jouent sans filet. Et ce n’est pas chose si évidente, d’autant qu’ils sont huit sur scène (2 claviers, guitare, basse, saxophone, batterie). Au chant, intervient Jawex, qui tisse des textes à partir de mots sortis d’un chapeau. Enfin Jade pose son improvisation vocale souvent faite d’onomatopées, de modulations de fréquences déroutantes, de vibrations tantôt cristallines, tantôt presque animales. L’idée est audacieuse et colle parfaitement à la nature de la demoiselle, surprenante et généreuse.

Scène découverte

Ce soir, le public du Kerveguen aura l’occasion de découvrir un medley des différentes compositions de Jade et de ses diverses formations. Il y aura « du maloya, du reggae, de la soul, de la pop, et une touche de hip hop », dans un souci de cohérence pour cette première partie de Féfé. L’ami Jawex viendra prêter main forte en apportant son « hip hop rap style », comme dit Jade. Le groupe jouera deux compositions tirées de chaque projet (Tiki Jade, Sur Mesure, Tri’Ade et Jawex). On retrouvera sur scène Alain Hoarau au clavier, Anthony Hoarau à la batterie, Julien Ferrere à la basse et Gustave au saxophone (oui c’est une fille et on l’appelle Gustave, voilà).

Et pour la suite ?

A quoi aspires-tu ? Au partage musical, l’échange. Je m’éparpille beaucoup… On me demande souvent : « Quand est-ce que tu fais un groupe maloya ? » J’en ai très envie mais je ne me sens pas forcément légitime… Un jour je me dirai « stop le débat cérébral »… en fait oui, j’aimerais bien pouvoir faire ma petite couleur maloya.

Un album ? On a pensé à enregistrer un EP avec Tri’Ade… Ce sont quasiment les mêmes musiciens dans Sur Mesure. En fait, j’ai déjà sorti un album d’interprète (ndlr : où l’on pose la voix sur et au service des compositions de quelqu’un d’autre). Ce n’était pas vraiment moi. C’est un énorme travail, avec une grosse session studio, un effort sur l’articulation en anglais, l’interprétation des textes. C’était un vrai challenge, mais je ne peux pas dire que c’était mon album ».

Nul doute que nous entendrons bientôt parler d’elle, et qui sait quelle surprise l’avenir lui réserve. Rien n’est trop improbable, sur le chemin de cette artiste improvisatrice. Il est d’ailleurs grand temps que ce chemin la mène sur scène, pour qu’elle y trouve son public. Suivez de près cette précieuse Jade, elle n’a pas fini de révéler son éclat, bien au contraire.

Lalou


Pour la bonne cause, parce que c’est la tête d’affiche de la soirée, on vous file quand même une petite vidéo de Féfé en concert qui va bien...