Portrait

Marouvin chemin

Pédagogue, producteur, chanteur : Fabio Marouvin est un type discret mais hyperactif.

Quelle casquette coller sur le crâne chauve de Fabio Marouvin ? Derrière son élégante simplicité se cache un insaisissable touche-à-tout qu’on a pu voir avec Sinclair, Lââm, Zucchero mais aussi avec Sniper, Stomy Bugsy et tout le Secteur A. Un jour, il profite d’une masterclass pour coacher Kaf Malbar et Alex Sorrès, le lendemain on le retrouve à jazzer sur la plage avec un balafoniste avant de fonder Dyalo dyalo, groupe de Maloya qui assurera la première partie de Chassol, au K le 26 mars. De quoi faire tourner la tête de ceux qui chercheraient à l’épingler sur le spectre musical : « Les gens sont perdus parce qu’ils veulent te cataloguer : « Lui, c’est un musicien de jazz. Lui, c’est un musicien de variété. » J’aimerais que les gens comprennent que je suis musicien, et que j’aime ça. »

A ceux qui restent perplexes devant son retour à La Réunion natale alors que sa notoriété internationale semblait avoir pris un envol stratosphérique, il pointe directement le bond musical de l’île depuis la dernière décennie : «  C’est hallucinant. On a sauté des marches ici par rapport à plein de régions de France.  » Mais ce qui l’a poussé à revenir en 2008 n’est pas tant la musique que le besoin d’un retour aux racines, de passer du temps avec sa famille, ce qui n’allait de toute façon pas altérer sa polyvalence : à peine le pianiste avait-il posé le pied sur l’île qu’il embrayait sur la direction artistique de Zorro Chang, la confection de Mi viv a ou, un 9 titres poignant dédié à sa sœur suicidée, avant de se retrouver enseignant à l’EMA dont il lui tarde de voir les prochaines fournées : « Des musiciens, dans la zone Océan Indien, il y en a toujours eu et ils n’ont pas à rougir, ils ont même un truc en plus. Mais il y a toujours eu le problème du chant, sûrement lié à une culture timide. Les chanteurs qu’on va voir arriver, on n’a jamais eu ça. »

Malgré son goût pour l’enseignement, Fabio quitte l’école saint-leusienne en 2015 pour se consacrer à la tournée de son « bébé », Dyalo Dyalo, au retour d’Anis et à un EP instrumental avec Max Dalleau et Jérémy Narcisse distribué début mars, Escale exquise, qu’il oubliera presque de citer tant lui importe son nouveau projet : la production, sous son label Afroprod Sud, d’African Jazz Connection, un album qui résultera des rencontres à travers le continent noir pour importer de nouvelles influences sous nos latitudes. La différence avec les années à cachetonner auprès des têtes d’affiche nationales, à engranger le plus possible pour atteindre une impeccable technicité, réside dans ses choix de collaboration. Le pianiste ne veut plus travailler qu’avec des gens qu’il aime sur des projets qui le passionnent et pour lesquels il peut s’appliquer. « J’ai joué avec des monstres, mais ce qui compte, c’est l’humain, qu’on rie, qu’on se fasse des bouffes, alors la musique roule.  »

À La Réunion, l’habitude de privilégier les amitiés se fait souvent au détriment de l’excellence mais, Fabio Marouvin ayant prouvé plus d’une fois la possibilité d’une conciliation entre talent et humanité, on l’attend en défricheur capable de dépoussiérer une scène jazz locale qui peine un peu à se mettre à jour.

Antoine d’Audigier-Empereur