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Santié Papang

Maya tout en douceur

Maya Kamaty sort son premier album sur le prestigieux label Atmosphériques – celui de Louis Chédid, Barbara Carlotti ou Charlie Winston.

On ne présente plus Maya Kamaty. La fille du leader de Ziskakan a tourné dans presque tous les lieux de l’île et commence à se faire une jolie petite réputation à l’extérieur de celle-ci. Enfant de la balle, fille d’une mère conteuse et d’un père chanteur, Maya Kamaty a eu la chance, petite, d’être entourée de poètes et de musiciens. Forcément, ça marque. Si bien qu’un jour, passée l’envie de se démarquer – tropisme à l’adolescence – la musique s’immisce en vous, et ne vous quitte plus. C’est ce qui est arrivé à la demoiselle, laquelle s’apprête à sortir, le 27 octobre, son premier album, qu’on attendait depuis longtemps.

Celui-ci, sobrement intitulé Santié Papang, écho à l’ancienne adresse de Maya Kamaty à Etang-Salé-les-Hauts, démarre tout en douceur avec Ansanm, petit maloya léger comme une comptine, qui a un goût d’enfance prononcé. Ces mots nostalgiques, qui parlent des temps anciens, sont très présents dans plusieurs titres, à l’image d’Écris-moi, qui revendique l’usage de la lettre traditionnelle, avec plume et papier, plutôt que celui des modernes SMS. Autre surprise, autre plaisir dans ce morceau : entendre Maya chanter en français dans un titre parlant d’écrits – peut-être parce que le créole est une langue considérée comme essentiellement orale ? Zenfan, a lui aussi ce goût de la nostalgie, tant par sa forme musicale (une berceuse) que par son fond : la mort de jeunes amis partis trop tôt.

Maya Kamaty s’attarde en outre sur des fléaux qui gangrènent La Réunion, telles les violences conjugales et le tabou qu’elles représentent dans le très énergique Son Zié ou l’incivisme croissant dans notre belle île via Mazine.

On le sent, dans les mots de Maya Kamaty, il y a cette quête de ne rien perdre de cette Renyon lontan. Derrière un maloya féminin a priori très doux, ou derrière des morceaux entraînants comme une valse (Dernié viraz), les mots sont âpres : résolument identitaire, la poésie de Maya Kamaty nous dit l’absolue nécessité de préserver la façon de vivre des Hauts de l’île. Une large place est ainsi faite à la thématique de la famille, véritable matrice. Que ce soit dans le premier titre de l’album (qui en contient treize plus un interlude), qui évoque les soirs de cyclone où chacun se retrouve, attendant que les intempéries passent, ou dans le septième morceau, Ti Kok, jolie ballade très bien arrangée, écrite pour le frère de la chanteuse.

Efficaces, d’une écriture fine, posés sur une musique tendre, les morceaux de Maya Kamaty, chantés d’une très jolie voix, s’écoutent dans un nécessaire recueillement. La jeune femme nous prouve avec talent toute l’étendue et la beauté de la langue créole, tant par les images que par son rythme. Rêveuse et dansante, sa voix apporte une teinte supplémentaire au genre musical du maloya, décidément prompt à accueillir toutes les sensibilités et toutes les écritures.

Nicolas Millet