Rétrospective

Mise sur orbite réussie pour les Électropicales

Pour une fois, Manzi kiffe sans trop toucher les beats.

Vendredi soir, avant de me rendre aux Électropicales à la Cité des Arts, un instinct de survie mentale m’a conduit au théâtre du Grand Marché pour assister à une pièce populaire à souhait puisqu’elle s’intitulait Discours à la nation. Quel régal de pouvoir s’offrir, à Sindni, dans la même soirée, ce parcours culturel éclectique entre un lieu intimiste chargé d’histoire et une éléphantesque fabrique d’arts qui démarre. Personnellement, mes neurones avaient besoin d’être excités par des propos cyniques et engagés avant de se faire matraquer par des beats exutoires mais faiblement conscientisés.

Les Électropicales ont toujours été à la recherche de scénographies innovantes et c’est vrai que ce lieu – quasi futuriste quand on le compare à l’architecture Apavou – donne à ce festival une toute autre dimension. Le thème de la science-fiction colle parfaitement à ces lignes épurées qui rappellent l’univers du film SF culte Bienvenue à Gattaca. Ajoutez une pleine lune mystique et un Fanal brillant dans la nuit tel le Nostromo – même si les leds ne changent pas de couleurs comme promis – et nous voilà prêts à embarquer dans ce ce spatio-port de la Cité des Astres. Ce qui ressemble à des restes de l’expo du plasticien Vincent Mengin composés de palettes de bois ou autres cuves vides reliées entre elles par des tuyaux de chantier traîne à l’extérieur pour bousculer le bel ordonnancement lumineux de débits de boissons et rappeler que le futur peut s’avérer moins glamour et plus cyberpunk.

Dans un souci de critique constructive, je regrette que le thème SF – à fort potentiel festif – n’ait pas donné lieu à plus de délires ludiques. À part un(e) humanoïde enveloppé(e) dans du papier alu en mode cosplay, l’ambiance n’était quand même pas à l’excentricité. Il aurait été vraiment plaisant d’inciter quelques dreadeux à se déguiser en Jar Jar Binks ou de convier quelques ados à dissimuler leurs spots avec les oreilles de Spock en échange de quelques menus jetons. Le seul à avoir joué le jeu dans le staff, c’est le boss du festival qui était parfait dans son accoutrement de Palpatine.

À l’intérieur des trois salles, l’esthétique est chiadée, l’habillage est finement pensé exploitant parfaitement un VJ-ing varié et de qualité. On se fout pas de notre gueule. Y’a des bars de partout, on fait quasiment pas la queue malgré la forte affluence. Bref, ça fait plaisir de voir que les Électropicoles se sont mis en quatre pour biberonner leurs festivaliers dans cette Cité des Arsouilles.

Maintenant, ne comptez pas sur moi pour m’éterniser sur les sons entendus dans ces trois espaces car je vais être honnête, le premier soir, je ne suis pas sorti de mes bulles et j’ai profité de ce rassemblement pour préserver mes oreilles et retrouver des ouailles (c’est aussi fait pour ça un festival, non ?), pour philosopher avec des teufeurs hardcore, pour gloser avec le directeur normcore de cette cité, pour me rendre compte que bavarder avec le producteur Jérémie Labelle me rendait moins bête et surtout pour me marrer avec le DJ qui se prend le moins la tête du monde, Alex Rolland. C’est tellement rare dans ce milieu. Le lendemain, le raffinement de son set au Carré Cathédrale contrastait avec la lourdeur de nos vannes et de ma pizza à la tartiflette du Café Edouard.

Franchement, l’esprit rave c’est pas ma came. Du coup, je n’ai pas pu tenir plus de deux minutes dans la salle du Banian, dédiée aux amateurs de free party et rebaptisée Alien, tant il est vrai qu’il faut avoir un corps étranger dans le bide pour supporter ces giclées de BPM.

Initialement, j’étais venu pour écouter le soundsystem du Palaxa mais, là encore, le mur d’enceintes façon ghetto, esthétiquement irréprochable, crachait des tsunamis de basses que mes esgourdes n’ont pas supporté. Je vais souvent aux concerts rock à la Réunion donc je pense avoir le tympan vaillant mais là, ce fut une vraie souffrance. S’il avait pénétré dans cet ersatz de Black Ark, je pense que l’octogénaire Lee Scratch eût péri.

Enfin, à l’opposé, la salle du Fanal aka Blade Runner, proposait une qualité sonore impeccable et j’ai donc pu apprécier les sets de Labelle – Jako Maron ayant bien chauffé le dancefloor juste avant – et de Molly, le samedi soir. Je sais, ça fait pas bézèf en deux soirs mais, pour en avoir discuté avec quelques festivaliers pourtant fans d’électro, faut reconnaître que l’enchainement de DJs, seuls derrière leurs platines ou leurs machines, ça lasse un peu. Je pose naïvement la question à la nouvelle programmatrice : n’est-il pas envisageable d’élargir ce spectre électro vers d’autres horizons plus conviviaux, plus scéniques au moins pour les premières parties de soirées. Après tout, la culture électronique ne se résume pas aux clubs et aux dancefloors – ou alors si ? On a tous en mémoire le show déjanté de Sexy Sushi aux Électropicales en 2014 alors pourquoi ne pas récidiver avec des propositions plus électro-pop-rock, plus hybrides, plus crossover comme on dit dans votre jargon ? Allez, chère Aurélie, programmez Salut C’est Cool en 2017 dans la salle du Banian et, promis, je sors mon costume le plus kitsch pour aller pogoter avec les teufeurs cinglés.

Manzi