Coup de gueule

Mo-Rose

Le risque, lorsqu’on prend appui sur des figures mythiques de l’histoire contemporaine pour bâtir un spectacle , c’est de penser qu’on pourra transformer en vibrante épopée une fiche Wikipedia. Écueil que la pièce Rosa Liberté, mise en scène par Filip Forgeau, n’évite pas. Récit d’un naufrage au CDOI.

Le paradoxe est sans doute frustrant, mais les plus nobles figures de l’histoire ne deviennent pas pour autant des personnages de théâtre crédibles, au seul motif que leurs rebellions étaient louables. Pourtant, cette Rosa Luxembourg avait tout pour plaire. Juive, femme et militante.

Héroïne boiteuse et résiliente, femme forte et cultivée. Rebelle avant l’heure puisqu’elle milite contre la montée du nationalisme en Allemagne avant la Première Guerre. C’est dire si l’on comprend l’envie, pour un dramaturge, d’exhumer cette femme remarquable, dont les préoccupations politiques résonnent étrangement avec notre marasme préélectoral.

Mais voilà. En dépit de la carrure du personnage principal, la pièce s’époumone, crispe, et finalement insupporte. Que le spectateur qui n’a pas suivi discrètement la course lente des minutes sur son écran planqué au fond du sac me jette le premier portable.

Seule sur scène, Soizic Gourvil, slim noir et sweat à capuche, campe une Rosa hybride, attifée comme un quidam de Fluide Glacial doté du phrasé de Sarah Bernhardt. Pas des plus heureux.

L’écriture est besogneuse. Scrupuleusement, Rosa retrace son parcours, de l’enfance au tombeau. Au menu, pathos et exaltation. Le texte, pesant parce qu’exclusivement tragique, ne nous offre jamais la grâce du second degré. Tout est uniformément sombre dans l’évocation de cette biographie, au point que l’énergie même qui devait être celle de Rosa Luxembourg, est vampirisée par le pathos de la mise en scène.

Qui se résume sur le plateau à douze ballons de baudruche rouges gonflés à l’hélium et trois hardes sur un fil à linge. A la fin de la pièce, les ballons s’envolent. C’est léger. Sur le plan allégorique aussi.

Sans parler des bruitages des pas de la milice allemande, ou des fumigènes évocateurs des troubles de l’ordre public, qui maintiennent la salle dans le brouillard pendant les quinze premières minutes, histoire de sceller définitivement le signifiant au signifié.

Côté rythme, c’est calibré comme une horloge suisse. Chaque tranche de narration est ponctuée par le retour d’un jingle improbable. Rosa rabat sa capuche et scande son infortune au son du hard métal. Sarah Bernhardt devient Diams et le pathos pathétique.

Les anaphores pullulent et l’intérêt décroît. On finit par se lasser de tant d’exhortations redondantes. Et l’on regrette infiniment que Rosa, la fulgurante audacieuse, ait laissé cette caricature nous prendre en otage.

Zerbinette.