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Monuments

Ce samedi, le Téat Plein Air résonnera des airs de deux grands artistes et représentants de la culture Péi, lors de deux concerts distincts (et deux ou trois mélanges). Entre l’émotion désarmante du poète Zanmari Baré et la bonne humeur, virtuose et facétieuse, de René Lacaille, la soirée promet de grands moments de partage.

Zanmari Baré - « Voun »

Il aura fallu attendre presque 5 ans pour voir éclore ce nouvel album. A la question du pourquoi cela, il répond en souriant « c’est mon vitesse ». Zanmari Baré, c’est un homme qui prend le temps. Le temps de mûrir, de trouver la juste posture. Le temps que prennent les choses pour se mettre en place en douceur, sans engrais, sans forcer, sans cadence de production à tenir. « Voun » est un album à savourer comme tel : c’est un concentré patiemment distillé.

Zanmari Baré livre un maloya très ancré dans la tradition, mais habité, avec intensité, de son âme, à lui : un maloya « doucement », peut-être moins explosif que celui de son « mentor » Danyèl Waro actuellement, faisant appel à une autre énergie, et tout aussi hypnotique et profonde. L’écoute se base sur l’émotion. Je me permets de retranscrire ici l’avis spontané de René Lacaille : « lu lé dangereux à sa façon ».

Dans cet album, on trouvera d’anciennes chansons (comme « Dézan »), « des vieux textes » qu’il avait plus ou moins « mis dans un coin » sans les chanter pendant plusieurs années, ainsi que des compositions nouvelles, à l’écriture toujours exigeante et poétique. Avec le temps, Zanmari dit avoir gagné une sorte de tranquillité vis-à-vis notamment de ses musiciens. « L’affirmation est plus simple, comme s’il avait saisi sa légitimité. Passer du kabar à la scène est devenu plus évident », résume Philippe Conrath, du Label Cobalt.

A peine, sorti (février 2018), « Voun » reçoit spontanément un excellent accueil en métropole : il est consacré en mars 2018 par un « coup de cœur » de l’Académie Charles Cros. Il est désormais inscrit au palmarès des références de la chanson francophone 2018 où il représente « Le Grand Sud et les îles ».

Cet artiste dont l’humilité et la sincérité bouleversent se révèle avec grâce sur scène : la soirée commencera à n’en pas douter sur de très belles vibrations.

René Lacaille chante Madoré

Si le nom d’Alain Peters évoque aujourd’hui à l’unanimité le souvenir d’un des génies de la culture réunionnaise, celui d’Henri Madoré reste moins connu. Et pourtant ! Ce chansonnier de la rue a inscrit son œuvre dans l’ADN de la musique Péi et inspiré toute une génération de musiciens et de paroliers.

Pour fêter en même temps les 90 ans de sa naissance et les 30 ans de sa mort, on ne pouvait pas trouver pour lui rendre hommage que cet autre grand musicien, bourlingueur et libertaire : René Lacaille.

C’est un fan de la première heure. « Quand j’étais petit, mon idole n’était pas Elvis, c’était Madoré », raconte Lacaille. Il jouait le plus souvent seul, sur sa vieille guitare, et ça suffisait. Mais parfois, le monsieur venait jouer avec la famille Lacaille, dans les mariages ou les bals. Il fascinait littéralement le petit René.

Aujourd’hui, il en parle toujours avec une certaine tendresse et une grande admiration. « Quand je dis que c’est mon Brassens, c’est pas en l’air ! Il faisait sauter des crêpes avec le créole et le français ! ». Le génie de ce poète marginal à la verve vive fait danser les mots autour de rimes inattendues, de double-sens, avec un humour digne d’un Bobby Lapointe créole. « Les réunionnais i rend’ pas zot compte : c’est un monument ».

Il reste peu de traces de la musique de Madoré. Jean Claude LEGROS a eu à l’époque la bonne idée d’enregistrer l’artiste, permettant ainsi de « conserver » de nombreux morceaux. Dans l’optique d’en garder une trace et de transmettre l’œuvre, René Lacaille a passé 3 mois à en relever les partitions. « J’aimerais que ça puisse servir. Ce sont des chansons magnifiques, des classiques ».

Génie incompris, à l’instar de Peters, Madoré fait vivre une langue complexe, ses métaphores sont fouillées, ses textes malicieusement ciselés. Et surtout, il fait rire. Peut-être est-ce pour ça que l’on ne l’a jamais pris au sérieux ? … Il n’est pas trop tard pour découvrir et partager ces petits bijoux qu’il a laissés. Samedi soir, René Lacaille et ses dalons lui feront honneur : l’occasion est trop belle pour être manquée !

Lalou


Et pour le plaisir, une petite vidéo de l’ami Jean Marc Collienne : Zanmari Baré et René Lacaille chantent ensemble Madoré. Une rencontre inédite à découvrir vendredi soir dans « Un jour avec… » et samedi soir sur la scène du Théâtre de Saint-Gilles