Interview

Funk à Délices

Mounawar : album Sawa

Après quelques mésaventures et contretemps, l’anjouanais Mounawar sort enfin son tout premier album : Sawa, une bombe funk cosmopolite qu’il présente pour la première fois au public lors du tempo Festival. En attendant, nous avons rencontré Mounawar, toujours aussi détendu.

Question rituelle pour commencer : que signifie le titre de l’album ?

« Sawa », c’est l’équilibre des choses en anjouanais. Pour moi, ça correspond à une prise de conscience par rapport à ce que j’ai envie de faire, ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire. « Sawa » permet d’avancer.


Comment s’est déroulé cet enregistrement ?

On l’a enregistré en 15 jours dans un esprit vintage, au Pressoir près de Tours, un vieux studio qui a la particularité d’être sur un site troglodytique. Un enregistrement à l’ancienne, avec du matériel qui date, et dans les conditions du live. Sawa a été réalisé par Claude Dibongue, le guitariste et directeur artistique de Tony Allen, un grand professionnel qui a su faire le tri parmi mes idées trop nombreuses. Didier Dijoux a fait les parties Batterie, et Samba Laobé Ndiaye, une référence dans le milieu musical à Paris, les parties Basse. Pour ma part j’ai fait les voix et les guitares.


A entendre tes nouveaux morceaux, le twarab et le mgodro ont laissé la place au pur funk, non ?

C’est effectivement un album principalement funk et afrobeat, avec de petites touches de pop. Les morceaux sont chantés en français, en swahili et en anjouanais.


Côté textes, de quoi parle Sawa ?

C’est un album très personnel qui parle de choses qui m’ont touché, mais finalement ces sujets sont très universels : l’exil, les traumatismes de la guerre, la destruction de la planète, le pouvoir, l’extrémisme.

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Dans « MDjeni », le premier morceau de l’album, tu abordes un thème que tu affectionnes. De quoi s’agit-il ?

Le titre signifie « je suis l’étranger », et parle d’une notion universelle : le sentiment d’être étranger. Moi si je vais à Mayotte, je suis l’Anjouanais. Quand je suis à La Réunion, je suis le Comorien, et quand je suis à Paris je suis l’Africain. On est toujours l’étranger de quelqu’un. Ce morceau s’adresse à tous ceux qui aiment « classer » les gens en fonction de leur origine. ils devraient considérer que la différence est véritablement une richesse.


Tu tenais à évoquer la situation particulière des Comores et de Mayotte à travers le titre « La Grande traversée » ?

Oui. « La Grande traversée » c’est l’histoire d’un mec perdu : toute sa famille est à Mayotte, lui est bloqué aux Comores parce qu’il n’a pas de papiers. il décide de traverser en kwassa kwassa mais cette traversée lui est fatale. C’est un personnage et une histoire très actuels, il y a tant de gens qui meurent en mer entre ces îles. C’est un morceau simple et acoustique qui s’appuie sur la structure guitare/voix. D’ailleurs, pour ce titre on a gardé les premières pistes témoins enregistrées.


Bon alors, tout s’est parfaitement déroulé pendant cette phase de création et de production ? Ni anicroche, ni anecdote ?

Tout s’est bien passé, mais on a eu quelques soucis tout de même : le génialissime guitariste So Kalmery devait enregistrer une plage de oud sur l’album. Hélas en descendant du taxi, son instrument est tombé à terre et a été brisé en mille morceaux. On n’a pas pu enregistrer sa piste et je le regrette. Dans un autre genre, les 2500 premiers exemplaires de l’album ont été détruits dans un accident de la route en métropole !

Propos recueillis par Jérôme Horat // Photo : Freddy Leclerc

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