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Nazca (re)sort les riffs

Pionniers du hard rock réunionnais, les membres de Nazca reprennent progressivement du service le 30/11/2018 au Kerveguen. Entretien come-back avec un challenger.

Lorsqu’on écoute les premiers enregistrements de Nazca, on songe à Pretty Maids, Dream Theater et Vanden Plas. Figure de proue du métal à La Réunion, Nazca s’était fait discret depuis 2003 et son album The white wheel qui, au-delà de longues plages hard-rock, proposait de lumineuses mélodies. Réapparu discrètement à la fête du Colosse de Saint-André en juin 2013, les sudistes métaleux menés par Blanc-Blanc, alias Eric Juret, préparent un nouvel album et seront à l’affiche du prochain Sakifo. Retour sur une vieille aventure qui n’est pas prête de s’arrêter.

Fondé en 1993, le groupe a disparu après un 4 titres et un album en 2003. Il réapparaît en 2014 au Sakifo. Comment cela s’est-il fait ?
Nous nous sommes séparés en 2003 car le batteur Éric Carrère et moi-même partions en métropole, lui pour l’école Atla et moi pour une formation avec l’Irma, tandis que, Xavier Bonneville, le guitariste, était en formation pour devenir enseignant titulaire . Ce n’était donc pas un split souhaité. Nous étions simplement chacun dans des phases professionnelles et personnelles complexes. Cela dit, avec Xavier nous n’avons pas cessé d’écrire pendant cette séparation. Les années ont passé et nous avons recommencé à faire des démos, à partir de 2008, ce qui fait cinq ans de silence, ce n’est pas si long... Si ?

Ce qui a officiellement déclenché le retour, c’est qu’après avoir restructuré notre association, phase essentielle, nous avons pu bénéficier d’aides publiques et de soutiens pros et privés pour réaliser notre projet. En 2012, en effet, j’ai décidé de penser un peu à moi, puisqu’avec mon activité professionnelle, je m’occupe beaucoup des autres... J’avais surtout envie de m’amuser à nouveau, vu que les années passent. À cette époque, nous nous sommes attaqués à l’enregistrement et à la réalisation de l’album grâce aux financements de la DAC-OI et de la Région. Nous avons mis en place un programme de travail avec les premiers concerts et les séances de studio. Je savais aussi que sans accompagnement professionnel, ça ne servait strictement à rien de redémarrer, je me suis donc rapproché de Jérôme Galabert [directeur du Sakifo, ndlr] et de son équipe via le dispositif Tournée Générale, collaboration qui a clairement permis de nous repositionner.

Je n’avais pas imaginé Nazca au Sakifo aussi tôt ; en fait Jérôme m’a appelé trois jours avant la sortie de sa programmation et m’a proposé un challenge anecdotique et drôle, de nous mettre en face de Stromae ! Désolé pour notre ami belge, le Sakifo penchera côté Vince Corner ! Blague à part c’est une bonne alternative pour les gens qui préfèrent le rock, et nous sommes très contents, c’est une belle opportunité. Nous allons jouer cinq ou six morceaux du nouvel album, en plus des anciens, et quand les gens verront jouer Cenk Eroglu, notre réalisateur qui sera à la Réunion à cette période, les guitaristes présents dans le public vont halluciner, ce gars a vraiment un niveau mondial, c’est un tueur ! Je l’ai découvert quand j’ai écouté From the moon to the sun, le quatrième album de Kip Winger qu’il a co-réalisé, et j’ai décidé de l’appeler... Une connexion forte s’est établie, au-delà de la musique... Xavier et moi avons d’ailleurs eu la chance d’être invités sur un de ses concerts à Istanbul en octobre dernier.

Comment vous sentez-vous à quelques semaines du festival ? (l’entretien a eu lieu début avril)
Nous avons fait sept ou huit concerts depuis la reformation, l’équipe est fixe, et je serai fier de présenter Cenk à cette occasion. Cette date au Sakifo accélère le processus de création, ce qui est d’autant mieux. Par la suite, il y aura des dates en clubs et bars, une résidence au Théâtre Canter et une tournée en Inde en février 2015. Tout cela crée une belle dynamique. Pour l’album, nous allons faire une session d’enregistrement en mai, et le mix devrait être achevé en septembre, et à ce moment-là, on attaquera les labels. On essaye d’être très structurés... Et mine de rien, c’est du boulot...

Quelle sera la couleur de l’album ? L’étiquette hard-rock mélodique vous convient-elle ?
Oui pour l’étiquette, c’est une co-écriture avec notre réalisateur, qui a aussi cette griffe. Du coup, nous serons moins « prog », et dans la structure des morceaux, ce seront plus des « chansons ». C’est ça le virage, mais le style reste le même. Nous allons en outre essayer de gommer un peu le côté old-school, même si nous l’assumons complètement. C’est tout cela que le regard extérieur de Cenk nous apporte... Je pense que les nouveaux morceaux vont toucher un peu plus le grand public, le côté hard-rock fédère déjà beaucoup, mais notre marque de fabrique, c’est quand même le côté mélodique.

Es-tu heureux de remonter sur scène après toutes ces années ?
Plus qu’heureux, c’est vital. Hormis quelques apparitions sporadiques, cela faisait dix ans que je n’étais pas remonté sur scène. Nous avons arrêté à Saint-André en 2003 et repris dans la même ville en 2013. C’est assez rigolo... Il y a des décades... Mon premier groupe [Överkill, ndlr], c’était en 1983, et Nazca est né en 1993. Tous les dix ans, il se passe un truc. On peut dire aussi que nous sommes un peu lents à la fabrication d’albums, mais nous aimons être satisfaits du résultat. Nous essayons de travailler intelligemment, sans précipitation. Je ne sais pas le temps que ça durera, mais là, je crois que ça ne va pas s’arrêter tout de suite (rire).

Quelle formation t’accompagne sur ce projet ?
Nicolas Belleville, batteur, qui aimait beaucoup Nazca à l’époque, Gwen Lafitte, de Smoky Peppers, guitariste monumental à la basse avec nous, et le clavier, c’est mon neveu Xavier Hoarau, ex-Imoya. Nous essayons d’être hyper sérieux en répétition et je sens que nous commençons à arriver là où nous souhaitons. Nous avons décidé de recommencer par les bars, et progressivement, de nous organiser pour la suite. Je ne te cache pas qu’avec les connexions que j’ai établies au fil des années, les choses se font peut-être plus rapidement, car il faut avoir conscience des rouages pour que les projets avancent. Tu ne peux pas dire « ce sont toujours les mêmes » en refusant d’être en accord avec les règles structurantes du métier, c’est comme ça que ça fonctionne, et beaucoup de groupes l’ont compris. De plus, nous avons la chance à La Réunion d’avoir des aides publiques et de nombreux organismes de soutien via des dispositifs spécifiques. Il faut être bien entouré pour y prétendre, être ambitieux et déterminé, mais le jeu en vaut la chandelle.

Propos recueillis par Nicolas Millet