Des idées pour continuer comme si de rien n’était

Ne rien changer

Contrairement à la plupart des personnes concernées par les chapitres précédents, vous êtes bien dans vos pompes. Vous kiffez votre vibe raisonnable sans complexes, et à tout prendre, n’était-ce l’opportunité de poser tranquillou quelques congés vous-mêmes, vous ne verriez pas d’inconvénient à ce que ça ne soit jamais les vacances.

La trève culturelle ne vous pose pas spécialement de problème, mais vous serez heureux de pouvoir faire quelques concerts, de voir une chouette expo et même, pourquoi pas, de vous rendre à un afterwork alors même que vous ne travaillez pas.

Il faut vous reconnaître que vous n’êtes n’êtes pas dérangeant, alors on ne va pas vous déranger : voici pour vous ce qui peut ressembler à une activité normale durant ces mois chômés.

La Réunion a ceci d’intrigant, entre autres particularismes, que la densité du calendrier des festivals y est inversement proportionnelle à celle qu’on observe en métropole. En gros, là-bas, tout se passe en juillet-août ; ici, tout se passe entre septembre et juin. Cependant, même dans les mois creux où l’île se vide de ses fonctionnaires, public fidèle de la culture, de valeureux combattants continuent de bâtir de petites forteresses intellectuelles et musicales.


OPUS POCUS #4 : FAIS PETER LES (CONTRE)BASSES !


Ces trois dernières années, Opus Pocus s’est taillé une solide réputation auprès des mélomanes réfractaires aux mouvements de mode et aux têtes d’affiche dans le vent, en se fixant une thématique intéressante : se concentrer, à chaque édition, sur un instrument différent.

Cette contrainte a, parmi un certain nombre d’effets bénéfiques, celui d’empêcher les programmateurs de piocher dans la liste de courses annuelle des organisateurs de concerts ces artistes « incontournables » qui enchaînent les festivals comme une caissière scanne les codes barres, et que l’excellent site Sourde Oreille recense chaque année dans son fameux classement des squatteurs de festivals (en 2014, Fauve, Cats on Trees, Stromae, Biga Ranx et Winston McAnuff étaient dans le Top 10, si toutefois leur nom vous rappelle quelque chose).

Opus Pocus ne mange pas de ce pain-là, et invite plutôt des musiciens qui ont inscrit leur nom dans la légende de leur instrument, en tentant de représenter une variété façons de jouer, et donc de genres musicaux, bien que l’impératif d’excellence technique implique presque toujours une couleur un peu jazz. Ce sera le cas cette année avec l’archétype du bass hero, Marcus Miller, avec le Mauricien Linley Marthe, comparse de Joe Zawinul dans la dernière mouture du Syndicate of Sound, ou avec Richard Bona, le génial bassiste camerounais à la voix d’or, qui débarque accompagné d’un orchestre latino recruté dans les brûlants faubourgs new-yorkais.

Programme complet sur www.opuspocus.re

On a tous entendu au moins une fois le nom de Marcus Miller dans une phrase qui contenait les adjectifs « énorme » ou « halucinant ». Pour aller un peu plus loin, voici trois choses à savoir sur ce musicien hors-norme qui a, en plus d’un talent admiré par tous, la qualité d’être un bonhomme d’une exemplaire humanité.

Il a "mis fin" à la carrière de Miles Davis

En 1986, à 60 ans, Miles Davis vient de mettre un terme à sa collaboration avec Columbia, la maison de disque qui l’accompagne depuis les années 50, pour signer un contrat juteux chez Warner. C’est l’occasion pour lui d’un renouvellement, et il cherche de nouvelles inspirations. La légende vivante a alors l’idée saugrenue de faire appel à un gamin de 25 ans quasiment inconnu pour lui écrire un album : Marcus Miller. Davis, qui a du flair, a reconnu dans ce jeune multi-instrumentiste new-yorkais l’étoffe d’un authentique compositeur, et de leur collaboration va naître l’album Tutu, hommage à l’archevêque sud-africain, symbole de la lutte contre l’Apartheid. Avec ses sons de synthé, ses boîtes à rythme et ses accents pop, le disque est descendu par les critiques de jazz, et certains accusent Miller de flinguer la carrière de Miles. Mais le disque obtient un Grammy, rencontre un vaste succès populaire, fait connaître Miles Davis à un public plus jeune et propulse Miller sur le devant de la scène, place qu’il ne quittera plus. 30 ans plus tard, Tutu est reconnu comme une œuvre novatrice et les compositions de Miller continuent d’être reprises partout dans le monde, et notamment par Miller lui-même, qui ouvre encore souvent ses concerts avec le morceau-titre.

Il a composé 20 musiques de films

Marcus Miller est sans doute le bassiste le plus connu de la planète, et ses mille collaborations prestigieuses ou les particularités de son jeu très groovy sont largement appréciées. On sait moins qu’il est aussi un compositeur de musiques de films très prolifique. Documentaires, dessins animés, sitcoms, longs métrages : il a écrit et enregistré une vingtaine de bandes originales en tout. Spike Lee fut l’un des premiers à faire appel à lui pour la comédie musicale / teen movie School Daze, en 1988. Marcus Miller : "Un jour je reçois un coup de fil de Spike, que je ne connais pas. Il se met à me parler comme si on était potes depuis toujours et il me dit : ’Écoute Marcus dans mon prochain film j’ai une scène avec une énorme teuf au bord d’une piscine avec des filles en maillot de bain. Ce qu’il me faut, c’est le Truc Chaud qui fait Danser le Pays Tout Entier. Tu vas appeler ça Da Butt. Appelle-moi quand tu as quelque chose.’ Et il raccroche." Quelques mois plus tard, Da Butt se classe numéro 1 des charts aux USA, catégorie Soul & R’n’B.

Afrodeezia, le voyage africain

Inspiré par son rôle d’ambassadeur de l’UNESCO, le dernier album de Marcus Miller est un voyage au pays des ancêtres. Très investi dans un travail de mémoire autour de la traite négrière, le bassiste a traversé l’Afrique de long en large dans le cadre de différents projets humanitaires et culturels. Afrodeezia est le fruit de ces pérégrinations sur les chemins du passé et des origines. Du highlife ouest-africain aux rythmes complexes des maîtres gnawi, Miller y poursuit un travail de métissage toujours accessible et mélodieux. Assez loin des démonstrations techniques imbitables des virtuoses du jazz fusion, il crée des ambiances d’une grande variété, laisse vivre ses compositions, et s’entoure de musiciens très jeunes et formidablement doués, qu’il laisse s’exprimer et met en avant comme Miles Davis l’avait fait pour lui.

EMBARQUEMENT IMMEDIAT, LE 1ER FESTIVAL DU CARNET DE VOYAGE


L’idée est excellente : organiser un festival dédié à l’art merveilleux du dessin de voyage. On la doit à Muriel Enrico, la directrice du Salon du Livre de l’océan Indien, et à la fine équipe de Yourtes en scène, qui accueillera dans son fief saint-leusien une partie des réjouissances. Cet évènement est organisé dans le cadre de l’opération Lire en short, lancée par ce qu’il reste du Ministère de la Culture – si les choses continuent à ce rythme, ils vont bien finir par nous proposer de lire à poil. Cette campagne a pour but d’encourager la lecture pendant les vacances. Avec peu de moyens mais beaucoup de belles idées, la première édition d’Embarquement Immédiat devrait remplir le contrat haut la main, en proposant des revues et des bouquins venus du monde entier.

Côté invités, la part belle sera faite aux illustrateurs et dessinateurs réunionnais, dont le fameux Hippolyte – son dernier ouvrage, La Fantaisie des Dieux, enquête sur le génocide du Rwanda menée avec le reporter Patrick de Saint-Exupéry, est à lire absolument, et le festival sera aussi l’occasion de découvrir les premiers dessins d’un passionnant travail en cours sur la communauté chagossienne de l’île Maurice (illustration ci-dessus). Un invité de marque a également accepté de venir de Métropole en échange d’un simple billet d’avion, pour le plaisir de découvrir un nouvel endroit. Il s’agit du peintre-voyageur Nicolas Jolivot, récemment salué pour son travail documentaire dans l’album Chine, scènes de la vie quotidienne.

Au menu, outre les ateliers de dessin, des projections de films sur les voyages au Centre de Lecture de St-Leu, des animations, des expos, mais aussi des concerts. Ces derniers ont lieu à Yourtes en Scène du vendredi 24 au dimanche 26 juillet.

Programme des soirées à Yourtes en Scène

Vendredi 24 Juillet | gratuit
18h30 : projection de La fantaisie des dieux, BD-reportage sur le Rwanda réalisé par Hippolyte, et commenté en direct par l’auteur.
20h30 : kabar fonnkèr dessiné. Keng-Sam aux platines, le conteur Gouslaye au microphone, et les carnettistes du festival au dessin, en live.
Samedi 25 Juillet | 5€
18h30 : lecture scénique d’Un rêve à la mer. Dernière nouvelle de la romancière Joëlle Écormier qui aborde le drame des kwassas kwassas.
20h30
1e partie : Venise zigouillée. Le monologue d’une femme bafouée qui par vengeance décide de s’en prendre à une ville, Venise, dans une performance émaillée de chansons de Barbara, Brigitte Fontaine, Bowie et d’autres.
2ème partie : Concert du trio Kisa Kosa emmené par le guitariste voyageur Jozéfinn, avec Vincent Philéas aux percussions et Corine Thuy-Thy au chant.
Dimanche 26 Juillet | 5€
18h : On the green road, film collaboratif présenté par la Surfriders’ Foundation, qui met en lumière les questions environnementales actuelles.
20h30 : concert de clôture avec les chansons à texte bourlingueuses et humanistes du très solide quintette Oté Pirates.

LA GALERÜE


La galerie avait fermé ses portes il y a plusieurs mois à St-Denis, elle les rouvre aujourd’hui à St-Pierre. Le concept : un appartement tout entier transformé en lieu d’expo pour accueillir les artistes réunionnais d’aujourd’hui, et privilégier des formes contemporaines d’expression, ces hybrides qui naviguent entre graphisme, street art, pop art, inspirations BD, installations surréalistes. Cette renaissance s’accompagne d’une première expo qui réunit quelques unes des signatures les plus remarquables de la mouvance : des images minimales de CLEIII aux illustrations un peu cubistes, un peu Simpsons de la graphiste Floe, en passant par les créatures de livres pour enfant sataniste et les textures intestino-cosmiques colorées du jeune ABR, ou les natures mortes énigmatiques de Jimmy Cadet. Sont exposées également des sérigraphies d’Elzo Durt, illustrateur belge qui multiplie les expos, collabore avec Le Monde, et a notamment signé la très belle pochette du premier disque de La Femme.

La Galerüe / 90, rue Marius & Ary Leblond
Jusqu’au 19 août Vendredi et Samedi 11h-13h / 14h30-18h
Sur rendez-vous : 0692 67 90 88


FOREST POOKY


Un Ardéchois élevé à Washington, barbu, avec des lunettes et qui joue un mélange acoustique de folk et de punk rock de l’espace. Là tout de suite, je le sais bien, vous avez envie faire la grimace et de hurler HIPSTER ! Et après ? Hein, une fois que vous aurez assouvi cette pulsion moutonnière, qu’est-ce qu’on fait, comment on travaille ? Prenez le temps d’écouter sur le web quelques unes des compos du monsieur. Elles sont amusantes et savamment troussées, bien senties.

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