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Ni mère, ni muse, ni putain

Aurélia Mengin signe un court-métrage qui en dit long sur le pouvoir de la femme.

Une humanité réduite à peau de chagrin après l’apocalypse : six survivants hantent la carcasse du monde qui bruisse de sons et de souffles, de bruits de chaînes et de grincements de roues dans cette fin de siècle où le temps est comme en apesanteur.

Adam, fou d’amour, pleure des larmes de sang, éprouvé par l’absence de celle dont il manque. Comment reconstituer le couple zéro à partir duquel fonder le nouveau royaume ? Un prêtre fouille les rues hostiles à la recherche d’Eve. La découverte sera contrariante : un corps, mais sans chair ; une âme, mais sans sollicitude.

Eve n’est plus que machine bionique et n’a que faire des projets qu’on fomente pour elle. projection 5 octobre 18h | St-Denis | Cité des Arts - Le Fanal | Gratuit l’actu Adam moins Eve, film expérimental d’Aurélia Mengin 14 | L’actu du mois Que faire de cette Eve inconvenante ? Un Pygmalion bicéphale pourra-t-il en faire sa Galatée ? Le court-métrage d’Aurélia Mengin interroge la possibilité pour la femme d’être, en toute innocence, ce qu’on n’attend pas d’elle.

« Je veux que les femmes se rêvent ellesmêmes et non qu’elles se rêvent à travers le regard d’un homme », explique la réalisatrice, elle-même travaillée par la problématique de l’aliénation : comment se libérer dès lors qu’on est attendue, convoitée, pourchassée ? Par l’effroi fascinant qu’elle exerce sur les hommes, la femme court le péril d’être saisie.

Dans Adam moins Eve, le thème de la séquestration est prégnant : Eve est cette chose triturée par un prêtre aux caresses oscillant entre sacralité et lubricité ; elle est cette poupée désarticulée, unie à Adam par une chaîne rouillée. Aurélia Mengin aurait pu régler la question de la liberté d’Eve par la violence ou de la vengeance : toute la subtilité du court-métrage tient à ce qu’on se trouve ici au-delà du féminisme de la révolte.

Nul besoin de se battre puisque les hommes sont désarmés : l’indifférence suffit à celle qui, par nature, est déjà émancipée, et poursuit donc sereinement son voyage sans se faire prendre par les êtres qui la veulent. Eve ne ploie pas sous le poids du désir des autres : elle le regarde comme on contemplerait quelque chose qui nous est étranger. S’agit-il de faire le procès de l’amour ? N’y a-t-il de salut que dans la radicalité de la solitude, comme pourrait le laisser penser la scène finale d’Adam moins Eve ?

Qu’on se rassure : Aurélia Mengin travaille à son prochain film, Fornacis, et elle promet que la captivité amoureuse n’est pas toujours à corps défendant : « Adam moins Eve parle du choix de ne pas aimer. Fornacis nous montre une femme qui accueille la progression de l’amour, qui se traduit pourtant par la gangrène qui lui gagne le corps et l’âme  ».

Clotilde Brière