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On rejoue Dijoux !

Au mois d’avril, élections présidentielles obligent, le Théâtre sous les Arbres ressort les vieux dossiers.

Avec Mésyé Dijoux, pièce politique retraçant le parcours authentique d’un gardien de caserne livré à une cynique injustice sous le gouvernement Debré, Givran réveille un pan d’histoire. Celui de l’entrée de La Réunion dans l’ère de la modernité, et des premières fractures du lien générationnel. Éclairant, pour voter intelligent.

« C’est le spectacle que j’ai le plus joué de toute ma carrière » s’amuse Givran, qui se réjouit d’incarner pour sa première au Théâtre sous les Arbres, un personnage qu’il considère comme un membre de sa famille. C’est que la naissance de Dijoux est de celles qui marquent.

En 2011, l’acteur, en plein déménagement de la Fabrik découvre au fond d’un carton le premier jet d’une pièce de Sully Andoche provisoirement nommée 113 rue Sainte Marie, une compilation de textes sur l’histoire réunionnaise dans les années 70. Furetant dans cette galerie de portraits truculents, il se saisit d’un fragment intitulé Mésyé Dijoux.

« Le thème m’a touché touché parce que c’est ce qui a façonné les comportements, les clivages dans cette île » explique Givran pour justifier son coup de cœur. En effet, Andoche y raconte comment le gardien d’une caserne de pompiers à Saint-Denis se fait sauvagement expulser, en plein meeting, du parti de Michel Debré son héros. Motif : le bougre, ne sachant pas lire, avait étourdiment jeté un tract à la gloire du grand homme. Si l’incident peut sembler anecdotique, il révèle pour le comédien la posture paternaliste de la France dans les années 70, lorsqu’un Michel Debré, catastrophé par la perte des colonies, décide de devenir le premier député de La Réunion. S’ensuivent des mesures traumatisantes, comme l’exil des enfants réunionnais pour repeupler la Creuse ou celui des jeunes insulaires envoyés par le Bumidom trouver l’Eldorado dans les usines Renault.

Cyclone Productions, sous la houlette de Luc Rosello, offre donc à Dijoux une seconde vie bien méritée. Dans un one man show de 25 minutes, Givran, incarne tous les personnages du texte avec la finesse grinçante qu’on lui connaît. Malgré sa thématique délicate, point de pesanteur tragique dans ce spectacle-là. Embarqué dans les rues du Port pour faire la promotion de Mésyé Dijoux au cornet sur fond de séga comme au bon vieux temps électoral, le comédien laisse ensuite place à l’historien Laurent Hoareau, ravi de répondre aux questions du public.

En bref, voilà du petit lait (pas Debré ) pour les assoiffés d ’histoires qui ne doivent pas se répéter.

Zerbinette

Où et quand voir le spectacle :
VEN 31 MAR 2017 - 19:00 - Théâtre sous les Arbres - Le Port - Tarif : 3-13€
DIM 2 AVR 2017 - 20:00 - La Cerise - St Paul - Tarif : Gratuit
MAR 4 AVR 2017 - 19:00 - Théâtre sous les Arbres - Le Port - Tarif : 3-13€
VEN 7 AVR 2017 - 19:00 - Théâtre sous les Arbres - Le Port - Tarif : 3-13€