Interview
Saviez-vous que la brune de Brigitte s’appelle Sylvie Hoarau, et que son père vit à Petite-Île ? Heureuse de venir à La Réunion pour trois concerts pleins à craquer, elle a finalement décroché son téléphone pour répondre à nos questions. On l’en remercie.
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Vous êtes heureuse de venir jouer à La Réunion ?
Je suis ravie. Il me tardait vraiment que mon père, qui habite Petite-Île, puisse venir assister à un concert de Brigitte. En plus, je suis très fière de faire découvrir La Réunion à Aurélie et à tous les gens avec qui on travaille. On avait failli venir l’an dernier, et puis finalement ça s’était annulé. Du coup, je suis venue en vacances à noël. Donc du coup, je reviens et c’est une grande joie parce qu’avec la distance, je n’ai pas vraiment l’occasion de revenir aussi régulièrement que je le voudrais.
Est-ce que la musique réunionnaise vous a influencée, bien que ça ne s’entende pas sur l’album de Brigitte ?
J’ai grandi en Métropole, mais c’est mon père qui m’a fait découvrir la musique. Il joue de la guitare, de l’accordéon et un peu du clavier, et je l’ai toujours entendu jouer des vieux ségas des années 60 et 70, un peu de maloya, du séga mauricien aussi. Il jouait aussi des chansons des Beatles ou des Creedence, et à l’adolescence, je me suis plus passionnée pour le rock et la pop, mais la musique créole m’a nourrie. OK, j’entends les paroles sans vraiment les comprendre, mais je ne peux pas croire que ça ne m’ait pas influencée.
Est-ce que vous envisagez, un jour, d’intégrer ces influences à de nouveaux morceaux, en collaborant avec des artistes locaux par exemple ?
Je ne sais pas, on n’a vraiment rien prévu à l’avance jusqu’à présent, les choses se sont faites au gré des rencontres. On a repris Ma Benz parce qu’un festival nous avait demandé de reprendre une chanson érotique, ensuite on a rencontré Joey Starr et c’est comme ça qu’on a fini par se retrouver ensemble sur scène. Peut-être qu’on rencontrera des musiciens à La Réunion et qu’on aura un super feeling. Mais ce qui est sûr, c’est que j’ai très envie de faire découvrir tout ça aux gens qui nous accompagnent. Quand je suis venue à noël, j’ai rapporté un kayamb à Aurélie, en me disant qu’il fallait absolument qu’elle découvre cet instrument.
Ca va surtout être très amusant de découvrir les réactions des gens avec qui on tourne. Je crois que le séga par exemple, c’est très dépaysant pour les gens qui ne connaissent pas, qui n’ont pas grandi avec. Je me souviens du guitariste de David Hallyday qui m’avait dit un jour : « Mais le séga, c’est hyper bizarre ! C’est pas du trois temps, c’est pas du quatre temps, je comprends pas… » Et moi, c’est la musique sur laquelle je dansais quand j’étais petite. Pour moi, c’est vraiment à part.
Brigitte, c’est de la chanson française féminine et sexy. Vous avez même été labellisées « chanson coquine » par le Figaro Magazine. Il paraît que ça vous a énervées. Pourquoi ?
Parce que c’est faux, tout simplement. Au départ, ils nous avaient dit qu’ils voulaient faire la couverture sur nous, alors on était très contentes, assez fières. Et puis au final, on s’est retrouvées au milieu d’un dossier sous-titré « Paris coquin ». Ca nous a vachement déçues, parce que la chanson coquine, c’est autre chose que notre album, quand même. Nous, on est musiciennes, pas danseuses dans une boite de Pigalle. Sans compter que c’est très réducteur, parce que l’album est très varié : on y parle de sexe en toute liberté, certes, mais aussi de suicide ou du désir d’enfant.
Vous avez l’impression que cette féminité assumée, cette liberté de ton vous vaut encore des réactions machistes, du type : des filles qui chantent des chansons sexy, c’est de la chanson coquine ?
Il y a peut-être un peu de ça, oui. Mais de la même façon, on nous a beaucoup demandé si Brigitte était féministe. On ne se sent pas du tout concernées par toutes ces questions. Quand on a commencé à jouer ensemble, on avait juste envie d’assumer notre féminité, sans pudeur, sans se poser de limites ou d’impératifs.
Avant Brigitte, Aurélie et vous étiez toutes les deux de votre côté dans d’autres projets, elle en solo et vous en groupe (Vendetta). Vous chantiez des choses un peu plus classiques, moins ironiques, et moins sexy. Vous aviez besoin d’être deux pour assumer ce côté très féminin ?
Peut-être, oui. Quand on est une fille entourée de garçons, ce qui était notre cas à toutes les deux avant, ça change la donne, il y a des choses qui sont plus difficiles à assumer. Je me souviens, quand j’étais avec Vendetta, un jour, j’avais mis du vernis à ongles très rouge, et l’un des musiciens avec lesquels je jouais a eu une réaction très violente. Il n’arrivait pas à comprendre ce détail hyper féminin, alors qu’on était dans un groupe de rock. Après ça, c’est peut-être bête, mais je peux te dire que t’hésites à porter une jupe. Quand tu as un binôme fille, c’est plus simple, probablement.
Mais il y a autre chose. Quand on a commencé à jouer ensemble, avec Aurélie, on était toutes les deux sur le point de changer de voie. On se disait : la musique, c’est vraiment fini pour nous. Et ça nous a beaucoup libérées. On a juste cherché à se faire plaisir, sans calcul. Et on a commencé à partager nos rêves de divas, comme des gamines dans une cour de récré. Avant même d’imaginer qu’on passerait un jour en concert, on s’était dit qu’on voulait mettre des robes brillantes, danser, faire des chorégraphies, des trucs de fille quoi, et puis parler d’amour sans être cucul, sans ce premier degré un peu chiant…
C’est quand vous avez cessé de chercher à provoquer le succès qu’il est finalement venu, donc…
Oui. C’est quand on a enfin lâché prise. J’ai passé une grande partie de ma vie à essayer de faire en sorte que ça marche, à chanter ou à écrire des choses avec l’envie que ça plaise. C’était un peu une obsession, et je crois que ça devait s’entendre, au final. Ca devait faire angoisser les gens, le stress que j’avais à l’idée que ça ne marche pas.
Et de la même façon, là, on est tellement détendues, on s’est tellement marrées à faire l’album et à l’écrire que je crois que, quelque part, ça s’entend aussi. Et les gens nous disent que notre musique leur fait du bien, qu’ils écoutent l’album le matin parce que ça les met de bonne humeur, alors que quand on écoute bien, les thèmes qu’on aborde ne sont pas d’une gaîté folle : le suicide, le désir d’enfant d’une femme au bout du rouleau qui se dit « si j’arrive pas à en avoir, c’est vraiment que je suis une merde », l’infidélité un peu sordide d’une épouse déçue, et même la fille de Battez-vous, finalement, qui a l’air sûre d’elle, qui danse, mais qui au fond est un peu pathétique et désespérée dans son besoin de plaire. A part Chewing Gum, il y a peu de chansons vraiment légères et joyeuses, et pourtant, ça fait du bien aux gens. Ca doit être parce qu’on s’est fait du bien en les écrivant.
Après avoir presque abandonné l’idée d’être musicienne professionnelle, j’imagine que vous êtes fière de votre nomination aux Victoires de la Musique.
Oui, très. On est évidemment très flattées, c’est super cool. Et puis, c’est important pour nous, parce que les Victoires, c’est l’avis des professionnels. Et ça, autant on a des retours du public, autant on se demande toujours si ce qu’on fait plaît à nos pairs.
C’est bizarre parce qu’il y a quelques années, je regardais l’émission à la TV, et comme une gosse, je rêvais un peu d’y être : je me disais que si un jour j’étais là, sur cette scène, ce serait le plus beau jour de ma vie. Et en fait, aujourd’hui, on a tellement de choses à faire, tellement de concerts, on est en train d’embaucher parce qu’on s’agrandit, on prépare le Zénith, que ce symbole dont je rêvais avant paraît beaucoup moins important. Presque secondaire.
Pour finir, quelle est la première chose que vous allez faire en arrivant à La Réunion, et quelle est la dernière chose que vous ferez avant de repartir ?
Dans les deux cas, appeler mon père, bien sûr.


