Actu

6 oct. 19h | St-Denis | Téat Champ Fleuri | 10-19€

On vous la fait court ?

À coup de deux soirées par an au Teat Champ Fleuri, depuis maintenant six ans, la Soirée du court est devenue une tradition. Petit focus sur cette 10ème édition.

À la manoeuvre, la programmatrice Allison Rivière, gérante de Yabette et ancien élément de la Lanterne magique, qui promeut depuis de nombreuses années le court métrage. Et pour cette 10ème édition, une sélection toujours aussi riche : 2 documentaires et 7 films d’animation, de fictions engagées, d’œuvres primées.

Après visionnage d’une quarantaine d’oeuvres, Allison s’est laissée guider par ses coups de cœur. Elle nous a concocté une programmation ouverte à tous qui nous transportera vers des univers divers et variés, à la découverte de mondes parfois méconnus.

Comme le nom de l’évènement l’indique, tous les films projetés sont des courts métrages. Si ce format est de nos jours peu projeté, il faut savoir qu’au temps jadis, les « courts » étaient diffusés avant le « long » au cinéma. Une époque bénie où bien installé dans nos salles obscures, on ne voulait pas encore nous vendre un forfait téléphonique ou une magnifique salle de réception à Cambaie.

Sensible à l’autisme et au handicap, notre organisatrice en chef est naturellement allée vers deux œuvres évoquant ces sujets. Une fiction « Les chancelants » de Nadine Lermite et un documentaire « Immense immobile » de Marc Faye, qu’elle souhaitait mettre en avant. Un autre film, « Bègue », nous parle quant à lui des gens en marge de la société, en difficultés, pour cause de différence.

Si il y a beaucoup de films d’animation, ce n’est pas un complet hasard. Octobre est le mois de la fête du film d’animation. Et ce genre qui permet l’expression de tant d’imaginaire a toujours été très présent dans l’univers du court métrage.

Dans cette programmation pléthorique, trois des films sélectionnés ont particulièrement éveillé notre curiosité cinématographique.

  • « Les chancelants » de Nadine Lermite

Le pitch : Juliette, jeune art thérapeute, doit prendre en charge Samy, un jeune adulte autiste aux réactions parfois violentes. Entre eux se noue un lien affectif très fort. Mais Samy arrive à l’âge où l’institution ne peut plus le garder.

Notre avis : L’autisme, trouble du développement humain, sujet si difficile à traiter mais si important à décrypter, a été abordé sous différentes formes ces dernières décennies. En série comme « Atypical » sur Netflix. En romans avec « le bizarre incident du chien pendant la nuit ». En long métrage d’animation avec « Mary et Max ». Et donc dans ce format court magnifié par la gracieuce et douce Ana Girardot.

Cette touche poignante ne manquera pas de vous faire couler quelques larmes de crocodile.

  • « Deux escargots s’en vont » de Jean Pierre Jeunet et Romain Seugaud

Notre avis : Entouré de son équipe habituelle, avec en co-signature Romain Segaud (responsable animation sur un de ses précédents films) et Julien Lecat (réalisateur de ses making-of) au montage, Jean Pierre Jeunet a réalisé cet opus d’animation d’après le poème de Jacques Prévert « Chanson des escargots qui vont à l’enterrement ».

C’est beau et parlant qu’un immense nom du cinéma comme Jeunet reste attaché au support du court. Le résultat est poétique, décalé, enfantin, fantasmagorique. Le tout avec un casting voix plutôt impressionnant mais pas surprenant pour du Jeunet (Audrey Tautou, Matthieu Kassovitz,…)

Certainement l’instant mignon-mignon de votre soirée.

  • « Tangente » de Julie Jouve et Rida Belghiat

Le pitch : Florie, jeune maman réunionnaise, est incarcérée pour le meurtre de son compagnon violent. Sur autorisation du juge, elle court le Grand Raid, librement, parmi 2700 coureurs. Ce trail de 3 jours et 3 nuits dans les montagnes de la Réunion est un dépassement physique pour tous. Florie, elle, doit aussi faire face aux démons de son passé.

Notre avis : Le film a gagné le prix Océans du scénario, qui lui a ouvert les portes de Cannes en 2017 pour une projection en avant-première. Tangente est un film poétique et intelligent.

L’identité de l’actrice principale a été gardée secrète pour qu’elle puisse prendre le départ anonymement. Le tournage a eu lieu pendant le grand raid 2016 en plein cœur de Mafate. Un challenge en soi et une expérience mémorable. 

Peu de gens le savent mais depuis l’intervention d’un éducateur sportif, les détenus des prisons de la Réunion peuvent participer au Grand Raid, sur autorisation exceptionnelle du juge. L’entrainement à l’année, la relation de confiance et la persévérance qu’il induit, ainsi que les valeurs du sport, facilitent la réinsertion sociale.

Ce film social, sur le sport, sur fond de paysages réunionnais, est à couper le souffle. à notre avis, ce cocktail pourrait bien être gagnant pour une sélection officielle pour le César du court métrage 2018.

Cette aventure réunionnaise clôturera d’ailleurs le festival.

Lodie

LA PROGRAMMATION COMPLETE ICI