Coup de coeur

On vous le conte autrement

Parfois le choix d’un sujet tient à peu de choses. Un titre m’interpelle : « Tête haute ». Tiens... Le spectacle s’adresse aux enfants... Voilà qui me semble partir bien. Banco je m’occupe du dossier. Je m’y penche et finis par avoir envie d’y plonger carrément.

« Dans les couloirs du temps du monde d’avant, il était une dernière fois un roi et sa reine et ils attendent le prince qui sera leur enfant. Quand le prince vient au monde c’est une princesse dont une main est fermée comme un poing impossible à ouvrir, et de l’autre le pouce était absent. Ni le roi ni la reine ne voulait de cette enfant. Dans la nuit de colère noire qui suivit, neuf cavaliers masqués enlevèrent la princesse pour l’abandonner dans la lande sauvage. Et depuis le royaume de Nerville est à feu et à sang ».

Nous partons donc visiblement sur la trame d’un conte. Une héroine rejetée pour n’avoir pas tiré le Y à la grande loterie de la génétique. Abandonnée sans prénom dans la forêt, cette enfant, comme on s’y attend, va rencontrer un « adjuvant ». Peu banal : il s’agit de Babel, un vieux dictionnaire, « qui lui apprend par le coeur tous les mots de toutes les langues ». Grâce à lui, la petite fille s’éveille, écrit, vit. Elle découvre aussi le sens du verbe, et apprend « l’indiscipline des mots ». « peur », « temps », « fierté »... La petite fille s’approprie le sens et trace sa route vers le Royaume d’où elle vient. Elle invente son chemin, tête haute.

Hummm... comment vous dire ? merci messieurs d’avoir eu cette idée lumineuse de questionner un thème que l’on a trop tendance à mettre de côté, pour « plus tard, quand tu seras grand » ! Le questionnement de fond est intéressant, porteur de métaphores existencielles pour ceux qui voudront bien les y voir, et dont l’écriture promet une certaine poésie.

Poursuivons : comment se présente l’affaire dans la forme ?

Nouvelles technologies, nouveau langage.

Joël Jouanneau, l’auteur, explique : « le jeu video et le jouet électronique ont aujourd’hui pris la place de la toupie et du cheval à bascule, c’est un constat ». Son travail, comme celui du metteur en scène Cyril Teste, se veut étroitement lié à ces nouvelles technologies. L’idée est de composer une nouvelle écriture scénique et dramaturgique liée à ces outils et d’inventer de nouveaux modes narratifs, qui s’inscriraient dans l’environnement numérique devenu familier aux enfants de notre époque.

Le résultat de cette recherche est une oeuvre « théâtrale qui s’appuie sur un dispositif cinématographique et e temps réel et sous le regard du public ». A la manière d’un livre pop up, l’histoire se déploie, entre théâtre d’ombres et film d’animation 3D. Je vois là une façon innovante de mêler le jeu du théâtre traditionnel, actif et instantané, aux possibilités visuelles virtuelles, pour obtenir un vrai spectacle vivant.

Je vous le dis direct : la proposition m’emballe complètement. Le thème est profond, intelligent et original. Les techniques et le langage promettent une poésie tant dans les mots que dans l’univers visuel et imaginaire.

Un spectacle pensé, inspirant, beau et à portée des enfants : j’y vais tête haute.

Lalou


  • Tête haute
  • Jeudi 24 mai 19h | Vendredi 25 mai 20h | St Denis | Théâtre du Grand Marché | 5-20€