On y était

On y était Francos (épisode 1/3)

Yeeehaaaa ! Lalou débarque aux Francofolies : sac à dos : ok, stylos, appareil photo, carnet : ok. Godasses : check. C’est parti pour mon premier largage journalistique au cœur de l’action ! (Quoi, je me la joue ?). Retour sur une aventure en immersion dans ce monde à part des festivals musicaux.

EPISODE 1 : VENDREDI 9 MARS

18h : arrivée à la Ravine Blanche

Un peu fébrile, comme tout le monde ici. Le site n’est pas encore ouvert au public. Des dizaines de personnes s’affairent pourtant ici depuis des heures, voire des jours. Dernières retouches : une lampe ici, une affiche là. Briefing des équipes avant le coup d’envoi. L’ouverture des portes est imminente. Ce soir, quelques milliers de personnes fouleront la place.

Briefing des agents de sécurité : par les temps qui courent, le protocole est pointilleux. Ils vont être partout, avec un mot d’ordre : que le festival soit un bon moment pour tout le monde. Je ne le sais pas encore, mais ce sont leurs sourires que je vais retenir avant tout. En attendant la musique, allons papoter un peu du côté des scènes.

Les « ingés son » missionnés par Stage OI sont prêts à démarrer. Avant l’ouverture du festival, c’est un travail de longue haleine que tous ces techniciens ont déjà accompli : du montage aux balances, en passant par la mise en réseau de tout un tas d’appareils pleins de boutons, et de câbles, et de routeurs, et d’amplis, de retours, de « patchs » . Remarque : les techniciens du spectacle ont un langage bien à eux, inaccessible au commun des mortels. Remarque : outre son langage codé, allez savoir pourquoi, le technicien du spectacle porte toujours un T-shirt noir. Mystérieux personnages que ces hommes de l’ombre, sorte de pirates du spectacle. Mais on y reviendra plus tard.

De droite à gauche sur la photo : David et Léo sont chargés du plateau de la scène « Lagon ». Mickaël, lui, est régisseur : « je coordonne les différentes tâches de l’équipe pour ce qui concerne la scène et ce qu’il s’y passe », m’explique-t-il. Des événements comme celui-là représentent un travail important et intense sur plusieurs jours. « Mais on sait pourquoi on vient » dit Léo. Parce qu’ils aiment ce qu’ils font d’abord, mais aussi parce que c’est une occasion de travailler avec les autres techniciens. L’ambiance est effectivement au « smile ». « On se connaît tous, même d’une boîte à l’autre : il y a un noyau dur de techniciens et ce noyau dur, c’est vraiment comme une famille ». Fin de la pause avant l’ouverture des concerts avec l’entrée en scène de Dolorès à 19h.

19h : Dolorès

Quel défi d’ouvrir le bal ! Le quatuor le relève courageusement et même avec une certaine classe. Dommage qu’il y ait encore si peu de spectateurs à cette heure-ci, car ce concert mérite vraiment d’être entendu. Propositions très justes, sans fioritures superflues. La voix de cette chanteuse droite dans ses bottes se révèle au fil des morceaux : claire, posée, puissante et mesurée, occupant l’espace pourtant vaste, sans se démonter. La racine créole est bien là, dans les mots, dans la couleur de certains rythmes, la tournure des choeurs. On sent également la « touche » Tricodpo, là aussi dosée avec justesse. Mais le projet a une vraie originalité. J’y ai perçu quelque chose du blues, aussi, peut-être à travers l’approche du texte ou les thèmes. Dolorès dégage à travers son attitude, sa façon de chanter, une belle sincérité et une vraie personnalité. Le festival commence sur une très agréable surprise.

20h : Brigitte

La foule est maintenant bien compacte devant la scène « Piton ». L’heure des Brigitte arrive et je suis du mauvais côté des barrières. Mésaventure de bleusaille du reporting ! Je brandis mon bracelet jaune, sésame des photographes accrédités, armée du regard assuré « I’m in mission for God » et tente une traversée. Butée contre le NO PASSARAN : « je ne vois rien moi, alors toi, tu ne passeras pas ! ». On a tous croisé cette personne récalcitrante un peu contrariée de ne pas avoir atteint le premier rang. C’est une des figures incontournables (c’est le cas de la dire) de tout festival. Le temps d’arriver au bon endroit, les trois premières chansons sont terminées. La porte sacrée vers la fosse est fermée. Trop tard : on ne passe plus.

Sous les projecteurs, elles n’ont même pas l’air cruches dans leurs robes de princesses vintage à paillettes. Un côté décalé néanmoins très « girly », petit déhanché discret mais efficace. Le spectacle n’est pas du genre à faire sauter le public dans tous les sens. Ça se laisse écouter. Entre copines par exemple. En tout cas, c’est une meilleure idée que seule en situation post rupture. En bref, un concert relativement tranquille (trop à mon goût), qui, à part une certaine sympathie pour les personnages incarnés sur scène, n’a éveillé chez moi ni émotion profonde ni démangeaison chorégraphique spontanée.

21h15 : Raphaël

Concert suivant. Premiers échanges avec la joyeuse troupe des photographes. A priori, je ne m’attends pas à ce que le concert de Raphaël transcende la foule, mais qui sait, peut-être la belle gueule du monsieur redonnera un peu d’enthousiasme à la soirée. Entrée en scène. Quelques mots sur le ton du poète timide… Allez, Raphaël, lâche-toi. Eh bien non, comment dire : ça ne « vient » pas. Les morceaux s’enchaînent et se ressemblent tous. Pour de la chanson dite à texte, c’est un peu dommage : du public, on se comprend pas ce qu’il chante. Certes, Raphaël n’est pas connu pour avoir un coffre de stentor, mais quand même. J’abandonne donc l’artiste à ses tentatives maladroites de mise d’ambiance (non, ne partons pas fâchééééés ») et file boire un coup avec les copains.

22h45 : Pigment

Mounawar et Nathalie Natiembe lancent leur show. A 30 cm des énormes caissons de basse (les « Sub », en langage ingésonien, me semble-t-il), impossible de rester bien longtemps. Chaque vague basse fréquence me fait presque vaciller. Tout vibre, même les appareils photo ! Distribution de bouchons d’oreilles au premier rang. Une pensée solidaire pour les types de la sécurité postés juste devant.

Pour être honnête, je n’ai pas saisi où ce spectacle voulait en venir. Soit, l’inspiration « rock »/moderne est largement affichée à grands renforts de disto, cymbales, poussées vocales dans le ton. Mais à force, l’ensemble perd un peu l’essentiel et se perd dans un trop plein d’informations sonores. En mettre plein partout, oui, pourquoi pas, mais pour le coup, j’ai décroché. A noter tout de même les impressionnantes envolées vocales de Mounawar et le caractère affirmé de Nathalie Natiembe, qui assume son affaire jusqu’au bout. Le concert réveille aussi quelque peu l’ambiance de la soirée.

23h45 : Deluxe

Je vous en avais parlé dans l’Hebdo : grosses attentes, donc, sur ce dernier concert de la soirée. Cette fois-ci, je ne rejoindrai pas mes camarades dans la fosse à photographes et opte pour le pied de grue au premier rang bien avant l’heure H. Je tiens à pouvoir profiter du concert en entier aux premières loges.

Que dire, sinon que le show, malgré quelques effets visuels manquants, tels que le saxophoniste volant ou les jeux de lumières façon moustache en arrière plan (questions de faisabilité je suppose), le show, donc, se révèle à la hauteur de mes espérances. « La grosse patate », comme dit mon boss, du début à la fin. Les moustachus ne sont pas radins en énergie. On sent que le groupe est rodé à la scène, surtout sur les morceaux des albums précédents. Ils proposent également quelques titres de leur nouvel album, qu’ils testent depuis peu en concert. Spécial coup de chœur pour le saxophoniste dans son costume à franges, capable d’envoyer des solos à 10 000 watts, tout en courant dans tous les sens, sans perdre un poumon au passage. Je comprends mieux d’ailleurs, pourquoi la chanteuse est aussi svelte et tonique. Une heure et demie de squats et de sauts ça fait les jambes. C’est d’ailleurs ce que me glisse ma voisine de concert : « on aura fait notre gym du week-end ! ». Quel bonheur de se remuer tous en chœur : 7000 têtes qui bougent en rythme, environ le double de gambettes qui sautillent. Sourire, plaisir, excellent show. What else ?

Lalou

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