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OPUS POCUS : Trois concerts à ne pas rater

Si vous ne savez pas où trouver liqueur pour vos esgourdes, on vous révèle nos coins à pieds musicaux.

ROBERTO FONSECA

Silencieux sur disques depuis 5 ans et la sortie du faramineux Yo, le pianiste phare de la scène jazz cubaine sortira à la rentrée un nouvel album très attendu, ABUC. Peut-être aurons-nous le privilège d’en entendre quelques extraits, trois ans après un passage incendiaire à La Ravine St-Leu, et quelques jours avant qu’il en révèle l’intégralité lors d’un concert-événement qui sera sans doute l’un des moments marquants du festival de Marciac. Gros vendeur de disques (Yo s’est écoulé à quelque 60 000 exemplaires), il est l’un des artistes de jazz les plus bankable au monde avec Ibrahim Maalouf ou Marcus Miller, et surtout l’un de ses phénomènes live les plus explosifs. Technique irréprochable, groove torride, sensualité latine et rythmique véloce, il appartient à une nouvelle génération de musiciens décomplexés qui ramènent le jazz sur la carte du cool. C’est un privilège rare de voir ce garçon habitué au plus grandes scènes internationales dans le cadre intime et charmant de la Maison Grand Cour.

AFRICAN JAZZ CONNEXION

Si Dyalo Dyalo, le groupe monté en fin d’année dernière avec le maloyér Patrick Manent qui voulait dépoussiérer le jazz réunionnais, n’a pas tenu toutes ses promesses (le son est toujours très branché fusion, et donc un peu daté), on reste à l’affût des projets de l’étonnant Fabio Marouvin. C’est la moindre des choses : l’homme a renoncé à une carrière qui s’annonçait brillante et lucrative de sideman pour des stars de calibre comme Zucchero ou Tony Allen, à la seule fin de participer à l’émulation musicale qui, selon lui, fait de La Réunion the place to be. Il est à l’aise l’un des tout meilleurs pianistes locaux, et il a le mérite de pousser ses recherches dans un registre roots et africain sans succomber aux facilités de la variété soleil, où son talent brillerait sans qu’il ait à se forcer. Nouveau développement d’un projet collectif de long terme intitulé African Jazz Connexion, sa collaboration avec le balafoniste guinéen Sory Diabaté laisse espérer de beaux moments, d’autant que le répertoire annonce des détours par l’afrobeat de Fela, le maloya ou le jazz de Miles Davis.


THOMAS ENHCO & VASSILENA SERAFIMOVA

Dans une époque balourde où la sophistication passe pour de la pédanterie, l’intelligence pour un snobisme et le sérieux pour une déficience morale, la musique de ce duo est hautement précieuse. Lui est l’un des grands espoirs du jazz français, elle affole le monde des percussions avec la précision enjouée son jeu de marimba ; tous deux évoluent à la frontière de la musique classique, mais la parcourent en équilibre, toujours en tension entre délicatesse et exaltation, élégance et émotion, Beethoven et The Verve, dont ils reprennent la symphonie douce-amère sur un disque qui, justement, s’intitule Funambules. C’est un objet gracieux en lévitation, un peu hors du monde, à l’image d’un joli clip où, le temps d’une sonate de Mozart pour deux pianos détournée de sa destination, ce couple d’une jeunesse folle transforme le décor triste d’une usine abandonné en cathédrale.