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Jupiter & Okwess International

Par Jupiter !

Le turbulent Jean Pierre Bonkodji, alias Jupiter, débarque avec son afrobeat version congolaise pour deux soirées qui ne devraient laisser personne de glace. En tournée avec son groupe Okwess International pour la promo de son nouvel album Kin Sonic sorti en mars dernier, il poursuit sa mission : mettre la musique de son pays en orbite. Et son public avec. Une seconde chance pour ceux qui l’auraient raté au Sakifo 2015.

Kin, c’est pour Kinshasa, capitale bouillonnante de la RDC (ex Congo Belge, à ne pas confondre avec l’ancienne colonie française, dont la capitale Brazzaville s’étend en miroir sur l’autre rive du grand fleuve Congo). Et Sonic pour évoquer la vitalité du creuset musical kinois dont Jupiter se fait le chantre depuis plus de trente ans.

Pourtant Kin Sonic n’est que le deuxième album du groupe créé en 1990. Il aura fallu attendre 2006 et le documentaire Jupiter’s dance réalisé par Renaud Barret et Florent de la Tullaye pour que sa musique sorte enfin du ghetto. S’enchaînent alors une tournée afro-britannique et la sortie en 2013 d’un premier album, Hôtel Univers, qui propulse le combo survolté sur la scène internationale.

Pour ce nouvel opus, Jupiter & Okwess s’offrent les claviers du producteur et musicien anglais Damon Albarn (Blur, Gorillaz), le violon de l’australien Warren Ellis (Nick Cave & The bad seeds) et l’improbable featuring de Sandrine Bonnaire citant un passage de l’écrivain congolais Zamenga Batukezanga.

Un album à l’énergie brute qui s’émancipe de la traditionnelle rumba congolaise tout en rendant hommage à la diversité rythmique et linguistique de la cité aux 450 ethnies.

« Rien à foutre ! »

Ne comptez pas sur Jupiter pour faire dans la dentelle. Son franc-parler et son grand rire sardonique sont sa marque de fabrique.

Fils de diplomate, il découvre tôt l’injustice sociale quand, vivant à Berlin est, il est autorisé à se rendre de l’autre côté du Mur pour fréquenter l’école française, contrairement au reste de la communauté Noire reclue dans la grisaille socialiste. « Ich bin ein Berliner and the world is my land ! » ironise-t-il.

De retour à Kinshasa dans les années 80, il refuse obstinément de suivre les traces de son père, devient percussionniste, fait des réalités congolaises son terreau et de la musique son étendard. Depuis lors, son « bofenia rock » défie les frontières et les puissants dans une ardeur jamais démentie, y compris durant les sombres heures de la guerre civile entre 1996 et 2002 alors que nombre de musiciens partent se réfugier en Europe.

Souvent explosif, parfois désabusé, toujours humaniste, son propos sait quand il le faut filer la métaphore et prendre l’allure d’une fable, lui épargnant les chaînes et l’exil. L’art de la subversion selon le « Général rebelle » resté fidèle à Kinshasa, « Kin la Belle », « Kin Poubelle » et à son patrimoine culturel sous-exploité. « Ils peuvent voler nos diamants, les richesses dont je parle sont celles que personne ne peut nous prendre ». Ainsi soit-il.

Entrez dans la transe

Avant tout rythmique, la musique de Jupiter & Okwess est une implacable machine à groover. Un chant lead allant chercher du côté de Fela autant que de James Brown, tantôt chanté, tantôt scandé sur fond de choeurs d’inspiration tribale, un joyeux maillage de motifs traditionnels et de sonorités urbaines, des gimmicks entêtants inspirés d’un ndombolo ou d’un soukous aux accents rock et funk, le tout au service d’un live qui s’annonce tout sauf tiède.

Ne résistez pas, vous allez adorer vous attirer les foudres de Jupiter ! Reste à choisir l’appetizer. Au choix le maloya sauce mandingue de Dogo Fara au Kervéguen ou celui à cuivres et à cordes de Kafmaron au Kabardock.

Karine Bod


  • Jupiter & Okwess International
  • 13 oct. 21h | St-Pierre | Le (nouveau) Kerveguen | 10-18€
  • 14 oct. 21h | Le Port | Kabardock | 18-20€

DETAILS DES REPRESENTATIONS ICI