Chronique

Parole délivrée

À l’heure où l’on se déchire pour savoir qui est mieux placé pour parler d’Histoire créole à l’université, Les Bambous tiennent la ligne d’un espace d’expression avec un mois de novembre orienté esclavage et soumission.

« Les Bambous s’attachent depuis toujours à parler de sujets de notre temps. Tant que l’esclavage moderne aura une résonnance, il y aura nécessité à en parler. »

Pour Isabelle Pillot, la collaboratrice artistique du théâtre bénédictin, la mission est aussi belle que limpide : il s’agit avant tout de faire entendre des sujets de la société contemporaine, s’intéresser au développement et aux langages des compagnies avant tout locales. Leur programmation de novembre portera donc l’empreinte d’un passé encore bien présent à travers deux pièces : Galé et Ferblan Maron.

Galé relate l’histoire d’un amour impossible puni de mort, des relations entre un père et sa fille à la Antigone. La pièce, selon l’auteur, reflète l’état d’esprit de notre génération. Ce dernier met ici en scène le volet final d’un triptyque théâtral en créole afin, selon ses mots, de « parler aux siens. » Chacune de ces trois pièces, avec Syin zonn et Tanbour, évoque « ce qui est silencieux dans ce pays, ce qui n’était pas verbalisé. » 

Ferblan Maron de son côté est un habile amalgame entre un fond pesant et grave — une histoire d’esclavage vue de l’intérieur racontée par trois esclaves en marge — et la forme — le rire, léger, presque libérateur. Ces trois compères nous amènent à traverser le quatrième mur pour engager le dialogue en créole. « C’est un territoire créolophone. Il y a dans la langue une grande dimension mémorielle » explique la collaboratrice.

La destination de ces pièces est d’abord locale. Il faut composer avec cette donnée et, au travers d’un langage qui ne nous est pas nécessairement familier, se laisser porter par autre chose que la parole. S’attacher à l’engagement des interprètes, à la mise en scène, aux éclairages, aux postures, etc.

Ferblan Maron se fait l’écho plus léger de Fer6, une pièce née aux Bambous qui remplit les salles partout où elle passe. Écrite par Francky Lauret, cette adaptation d’un roman historique raconte l’épopée judiciaire de l’esclave Furcy afin de recouvrer sa liberté. C’était à la fin du XVIIIe siècle mais le sujet n’a pas pris une ride.

« La ligne de direction du théâtre, c’est de proposer au public non pas ce qu’il aime, mais ce qu’il pourrait aimer, non pas ce qu’il connait, mais ce qu’il pourrait être intéressant de connaître » poétise Isabelle Pillot. Et lorsque je demande des informations sur la programmation de 2017, peu d’éléments sont mis à jour. « Vous n’aurez pas votre scoop, ajoute la collaboratrice tout en rire et en malice. Cela tournera plus ou moins autour des paroles singulières qui parlent beaucoup de cas de société plutôt que de psychologie... Sans oublier les grands moments de détente ! »

Chaque mot, chaque exclamation dessine l’équipe soudée dont elle nous parle, celle qui coopère, qui participe et qui propose. « Le mieux, pour prendre le pouls c’est de venir voir. » 
J’y cours j’y vole.

Léa Laugery