Coup de coeur

Partout là-même

Ce mois-ci, René Lacaille est à la Réunion pour présenter un répertoire puisé dans sa vaste discographie, avec la participation de Vincent Ségal, Piers Facini, et Oriane Lacaille. C’est ce répertoire que nous pourrons apprécier ce soir au K. Une autre création, issue d’un travail autour du ségatier Madoré, sera également à découvrir lors de cette mini tournée. En attendant, et plutôt que de vous rerereprésenter l’illustre René, je voulais vous parler de Kolé Kolé, qui jouera en première partie ce soir, et dont le projet mérite que l’on s’y penche de plus près.

Sans chichi

Je rencontre le groupe lors d’une répétition à St Leu, où je suis reçue sans chichi. Présentations. Jean Denis (Nini) Marguerite, Pascal Futol, Bruno Gaba, Georges (Zizi) Razafintsotra et Lorenzi Pierre se réunissent avec l’envie de « changer un peu » les habitudes. Ces cinq musiciens ont à leur actif un parcours musical déjà conséquent

Cette fois on ne les retrouve pas là où on les attend : ils changent d’instruments. « On a eu envie d’échanger les cuillères et les fourchettes. On a mis des feuilles de bananes et on mange avec les doigts… et c’est meilleur comme ça » : belle image de Zizi pour illustrer cette démarche. Ainsi Nini troque sa batterie contre un Guembri et un balafon. Zizi passe du clavier à l’accordéon et à la valiha, Bruno, de la « bibasse » au « Kalbacello » (croisement maison entre un violoncelle et une calebasse, joué à l’archer). On retrouve Pascal aux percussions et lorenzi au chant lead.

Collage artistique

Le groupe est né il y a deux ans, le jour de la fête de la musique, d’une envie de musiciens qui se connaissaient bien, de « coller » les unes aux autres leurs couleurs musicales et leurs personnalités artistiques en un projet commun.

Deux ans de travail « à l’ancienne » : ils composent et arrangent un répertoire d’une quinzaine de morceaux, sur des textes en créole, d’Audrey Labache, de Zizi et de Lorenzi.

Le style ? Après réflexion, le groupe semble plutôt d’accord sur le terme de « fusion créole ». On y sent des influences maloya, malgaches, africaines... « Il y a même des gens qui y entendent de la cumbia ». Les rythmes et le son des instruments ajoutent à cette sensation de mélange, avec même une touche orientale révélée par le Kalbacello. « Not musique i vien de partout là mem », résume Pascal : cela suffit et chacun peut s’y identifier.

Leurs chansons abordent des thèmes variés, et relativement universels : les injustices, mais aussi « ce qui est bon à prendre sur terre ». Les textes sont très paraboliques, imagés : pour cela, « le créole vient naturellement ». En découle un répertoire plutôt dansant qui trouverait aussi bien sa place dans un bal la poussière ou un kabar, que dans une salle de spectacle.

C’est le moment pour eux d’aller au devant du public, et je vous encourage à aller découvrir ce qu’ils ont à donner.

Feel good music

Kolé Kolé ne se pousse pas du col. Ce qui se passe là, c’est de la poésie qui ne s’intellectualise pas, de la musique naturelle et authentique, travaillée mais sans prétention mal placée. S’en dégage un sentiment de joie de vivre, de plaisir simple, avec l’expression de la maturité de musiciens qui n’ont rien à prouver mais tout à partager. Je sors du local de répétition de bonne humeur, avec la pensée que cette île est belle et que l’identité créole, parfois si difficile à situer pour nous-mêmes, prend d’abord sa substance dans un « kolé kolé » d’humanités.

Lalou