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Charly Lambda

Pas si commun

Un répertoire folk, reggae et maloya. Malgré son nom de scène, cet enfant du pays au parcours atypique est loin d’être un petit gars ordinaire. Portrait.

Il faut parfois quitter sa terre natale pour s’émanciper et trouver sa voie. C’est ce que doit penser Charly lambda qui, lorsqu’il pose le pied sur le sol canadien où l’ont mené des études en informatique, se prénomme encore Charles-Henri.

Passé d’un océan à l’autre, il se glisse rapidement dans un groupe nommé ACM, en qualité de choriste et de guitariste. Il explore de nouveaux paysages musicaux sur des titres reggae et folk. Le maloya qui l’a bercé, petit, fait aussi partie du répertoire. Le jeune Canadien d’adoption continue de travailler son jeu de guitare. Il ajoute de nouveaux accords à ceux que son père lui a appris quelques années plus tôt et avec lesquels il composait ses premières chansons, dans sa chambre d’enfant. En Amérique, Charles-Henri prend de l’assurance, fait de sa sensibilité un atout. Il faut parfois quitter sa terre natale pour trouver sa voix.

De retour sur son île, le chanteur compte bien entretenir la flamme. Il s’inscrit à Runstar 2012, la Nouvelle star version Réunion. Au cours de ses passages télé, on peut ainsi le voir interpréter, brillamment le plus souvent, des titres de Davy Sicard, Henri Salvador, Jason Mraz, Bob Marley, Gilbert Barcaville... Il ira jusqu’aux phases finales du concours.

Ces deux aventures musicales, le goût de la scène et la chaleur contagieuse du public, lui ont inoculé un doux poison, de ceux dont il est bien difficile de guérir.

Le jeune homme commence alors à penser à la suite. Pour cela, il s’invente un nom de scène. Ce sera d’abord Charly, plus court, moins emprunté que Charles-Henri, plus léger aussi. Et, pour peaufiner ce nouveau personnage, curieusement, il se choisit comme nom Lambda. Charly Lambda... Ca sonne comme un nom de code ou de héros de BD. Ca sonne comme un grigri censé le protéger du succès qui l’attend et qu’on lui souhaite. Sortir de l’anonymat tout en se baptisant Monsieur Tout le monde, joli programme. Belle gueule, sourire qui jaillit de partout, parfois le chapeau sur la tête, toujours la guitare entre les mains, Charly Lambda croone, chaloupe, swingue avec une présence rare doublée d’une voix superbe.

Pas à un paradoxe près, Charly semble prendre son temps et reste, pour le moment, discret sur les réseaux sociaux, lui qui aurait pu surfer sur sa période Runstar. Ce côté « à l’ancienne » peut surprendre à une époque où la plupart de ses collègues maîtrisent parfaitement les outils qui sont à leur disposition. Tout juste a t-on pu le voir sur Youtube revisiter « Vous les femmes » de Julio Iglesias, nous offrant un bien joli dépoussiérage de cette œuvre délicieusement surannée et souvent moquée. Et puis, il existe tout de même sur la toile, une superbe ballade de sa composition, « Mwin la trouvé », juste métissage de la folk et du maloya.

Charly préfère donc se forger son propre destin, à sa guise, à son rythme. Il sillonne les scènes de l’île et se charge à l’énergie d’un public grandissant. Certains ont même pu l’apercevoir, quelques instants, sur la scène du Téat plein air aux côtés de Davy Sicard, l’une de ses références, le temps d’une chanson partagée. On aurait dit un père et son fils.

C’est toujours surprenant, de nos jours, un artiste qui choisit la retenue plutôt que l’emphase, le contrôle plutôt que la communication à tout-va. Charly Lambda joue de la guitare comme il joue du contre-pied et du pied-de-nez, avec l’élégance des gens doués qui ne savent pas encore à quel point ils le sont. Et cette petite musique qui monte, qui monte, pourrait bien nous plaire...

David Rautureau


  • Charly Lambda
  • 24 oct. 20h | St-Denis | Téat Champ Fleuri - Salle Karo Kann | Gratuit