Plage musicale

Une fois par mois, un vent anglo-ibizien empourpre les terrasses des LUX* mauriciens pour faire vibrer les crépuscules de sonorités nouvelles.

Chaque milieu de mois, un DJ quitte sa grisaille londonienne pour le soleil de notre île sœur. Sa mission ? La même qu’à ceux qui l’ont précédé depuis janvier : une tournée d’une semaine dans les LUX* et le Tamassa, des hôtels très (très) étoilés, pour apporter des vibrations méconnues à leur clientèle.

L’opération Beach Rouge, du nom de la terrasse qui donne sur la plage du prestigieux établissement de Belle Mare, à l’Est de Maurice, se veut pédagogique. Limite prosélyte. Puisque ses représentants parlent d’éducation à la chill house, ces sons bardés de beats qui résonnent entre Ibiza et les Baléares, notamment dans les platines du Café del Mar. Ceux-là même qu’on entend sur la vidéo promotionnelle de ces resorts extra-classes.

Le confort des resorts balnéaires charme les performers qui y trouvent le moyen de troquer la grisaille britannique contre une semaine all-inclusive sur les plages de l’île sœur. Si la retraite est assumée et qu’ils ne cachent pas leur plaisir de glisser des chambres avec vue jusqu’aux interminables piscines après avoir vidé les 1001 cocktails du bar en bord de mer, ils prennent leurs deux heures de set quotidien avec une rigueur certaine : pas de musique commerciale, pas de grosse basse, l’heure est à l’intime.

Au crépuscule, le blond et le turquoise de la terrasse Beach Rouge cèdent à la flamboyance de globes lumineux disséminés sur le sable dans une ambiance feutrée qui, vous l’aurez constaté, rend naturellement poète. On savoure des mets raffinés accompagnés d’électronique suave, chaleureuse, sélectionnée attentivement par l’équipe de Playlister, agence de consulting musical composée d’un Dan Lywood. Son nom ne vous dit rien ? Il est pourtant derrière quelques soirées mythiques : le concert de Led Zep au 02 arena de Londres, l’ouverture de la Maison Louis Vuitton britannique et le concert parisien de Pharrel Williams. Bref, pas de la gnognote.

Pour le moment, Beach Rouge a accouché de deux galettes. Des compilations à l’image — mais surtout au son — de ce qu’on entend désormais une fois par mois dans ces bulles vacancières confortables à l’excès. Les compils Beach Rouge estampillées Beach House & Deep Disco sont directement accessibles sur les plateformes d’écoute en ligne. De quoi vous faire une idée.

De notre côté, si on a trouvé ces soirées inégales (mais on a dû tomber sur le déluge annuel qui a confiné les clients au buffet et aux spas), elles ont le mérite de s’adapter à leur public. Devant une volonté de remuer son boule, les DJ se font un plaisir de retourner la salle en trahissant légèrement leurs principes, mais toujours avec la volonté d’apporter du son neuf aux esgourdes novices. Sean Mc Auliffe, prophète en son pays de l’electro britannique rendu anonyme par la distance et la méconnaissance des ouailles a pu me le témoigner.


Comment t’es-tu retrouvé ici ?
Dan (Lywood ndlr) est un ami de très longue date et, en tant que consultant pour la chaîne Lux* depuis un paquet de temps, il a réussi à conseiller de faire jouer des DJ internationaux dans quatre hôtels, trois Lux* et le Tamassa.

Le mot d’ordre est « chill & groove », c’est ton registre ?
Pas du tout mais on nous a demandé d’en faire ici. Normalement, quand je joue dans un club comme le Plastic People (énorme nightclub de l’Est londonien qui s’est notamment illustré dans le dubstep), on jouerait de tout, de la techno au jazz en passant par le hip-hop. De tout sauf de la musique commerciale. En général, personne n’a jamais entendu nos morceaux avant qu’on les lance. Ce soir, je jouerai des morceaux plus accessibles.

Les clients d’un hôtel en plein apéro, ce ne doit pas être ton public habituel.
Pas du tout. Normalement mon public est composé de vrais afficionados de la musique mais ce n’est pas du tout le cas, ici. Il se peut que le public de l’hôtel n’aime pas ce que je vais faire.

Donc tu vas t’adapter ?
Je vais essayer. Je vais faire tout ce que je peux. Hier, j’ai joué au Lux* du Morne et avant-hier à Grand Beau hier. J’ai vraiment joué pour les gens qui y étaient, j’ai regardé la moyenne d’âge et je leur ai joué des morceaux des années 80. Mais de la bonne qualité, pas des trucs comme ABBA, de la bonne came, du disco, du postpunk, de la new wave…

Tu t’attendais à ce que ça se passe comme ça ?
Non. Je m’attendais à jouer de la musique extrêmement slow tempo mais je suis tombé sur des gens qui voulaient bouger. D’habitude, je joue sur des vinyles mais je n’allais pas les embarquer ici. Heureusement, j’ai pris mon PC sur lequel j’ai un paquet d’enregistrements.

Du coup, tu t’es préparé particulièrement pour performer ici ?
Un peu, ouais… Mais ce n’est pas exactement le type de lieu que je fréquente alors c’est compliqué de préparer. Quand j’arrive, je regarde les gens et j’essaie d’imaginer ce qu’ils veulent écouter. À jauger ceux d’ici, je me dis que ce sera plutôt reggae, ce soir.

Ouais, ils n’ont pas l’air très branchés techno. (rire) Non, clairement pas techno, ils ont plutôt l’air d’être du genre vieille disco, et des trucs des années 80.

Depuis son lancement en janvier, tu sens qu’il y a un impact de Beach Rouge ou c’est surtout un moyen pour les DJ de profiter du luxe d’une île paradisiaque ? (rire) Il y a un peu de ça, ouais. Mais dans de tels complexes c’est important de divertir les clients et de montrer à des musiciens locaux des musiques qui ne leurs seraient pas forcément familières. Ce qui m’a vraiment branché, c’est le côté set tranquille sur la plage, pas trop tard, avec le coucher de soleil. C’est vraiment une ambiance spéciale, quelque chose d’inoubliable.