Bibliothèque

Sous les lunettes de Zerbinette

Plonger

Une lecture qui donne sans conteste l’ivresse des profondeurs, à bien des niveaux.

Sombre coup de cœur pour ce grand prix du roman de l’académie française et prix Renaudot des lycéens, que j’ai achevé en apnée, comme on plonge en soi même.

Tour à tour oppressant et lumineux, enivrant et venimeux, le récit s’ouvre à rebours sur un drame. Le narrateur, César, raconte à son jeune fils Hector la genèse de sa naissance. Débute alors un étrange récit au travers duquel César ranime par le souvenir le spectre obsessionnel de celle qu’il a tant aimée. Elle s’appelait Paz et portait bien mal son prénom. Photographe sauvage et tourmentée, parfaite incarnation de l’artiste maudite et autodestructrice, elle l’entraîne peu à peu dans une relation incandescente et donc fugace.

César se consume, Paz se lasse et se détourne. Un enfant nait qui ne suffit plus à sceller l’union. Enquêtant sur la disparition subite de sa femme, César apprend à ses dépends que le sublime fraie trop souvent avec l’insoutenable.

Plonger n’est pas une histoire d’amour, mais plutôt une cruelle mise en parallèle de deux amoureux dont les objets diffèrent. L’histoire tragique de deux êtres puissamment touchés par l’amour du Beau, qui le cherchent en des lieux opposés. Et une réflexion connexe sur les véritables enjeux de la Création artistique, au delà des bouffonneries mondaines. Enfin, que les amoureux du détendeur se rassurent, le titre n’est pas un simple appât. Ils ne seront pas en reste, loin s’en faut.

Plonger de Christophe Ono-Dit-Biot 444 p., éditions Gallimard.