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Sous les lunettes de Zerbinette

Pourquoi les hommes adorent les chieuses

Ah... si Zola avait lu Argov, et si Gervaise avait écouté les conseils de Sherry, ça ne se serait pas fini comme ça j’te le dis !

Et non mon petit lecteur. Elle n’aurait pas terminé sans le sou, décomposée par la putréfaction sous un escalier. Quant à notre Simone nationale, elle t’aurait remis son Jean-Paul au pas ni une ni deux et il aurait filé comme un agnelet rejoindre l’antre douillette de ses cuisses sans plus chercher ribaude à trousser.

Sherry chérie, que ne t’ai-je découverte plus tôt, je me le demande. Voilà bientôt quarante ans que j’accumule les bévues, que je me noie dans les eaux messianiques de la bonté, que je tends la joue droite, la gauche, et que, telle la chiffe molle dont tu fais des gorges chaudes et non moins profondes, je m’incline sous le joug versatile des humeurs masculines.

Il faut que cela cesse. Enfin, on se rassure comme on peut, je ne suis pas la seule. J’écume mes souvenirs littéraires comme les vestiges de mes dernières années et ça me rassure un peu. Gervaise passe en moyenne quatre heures derrière ses fourneaux à rôtir son oie, Ariane d’interminables soirées dans son bain à parler à ses doigts de pieds en espérant gagner les ardeurs de Solal, sans oublier la Justine de Sade et ses autres comparses, qui, pour philosopher dans le boudoir n’en subissent pas moins tous les outrages au nom de la mâle jouissance.

Il y a un avant et un après Sherry.

Cent conseils de séduction distillés avec la mordante ironie d’une femme revenue de bien des combats. Le titre est léger et la couverture peu alléchante je te l’accorde. Pour un peu on rangerait l’ouvrage sur le bûcher des piètres opus de psychologie, et on retournerait s’apprêter pour le grand soir, vêtue de dentelle candide et de soie noire. On allumerait d’un coup le chandelier de nos illusions perdues tandis que sur la nappe immaculée trôneraient les mets délicats destinés à ravir la glotte de notre futur prince.

N’en faites rien petites lectrices, je vous en conjure ! Argov vous apprendra comment préparer des bouchées gourmandes en trente secondes top chrono avec deux saucisses de Francfort et des cure-dents colorés, et le mettre au pas de vos envies sans morceler votre philosophie.

C’est mordant, pertinent, et souvent hilarant. Ça remet la femme moderne sur les rails d’une saine égalité, ça vivifie les sens amollis par des années de romantisme sirupeux, et ça réveille l’égo. Ça m’a guérie d’un coup d’ailleurs.

Un excellent remède pour commencer l’année, et donner à nos guerriers de quoi fourbir leur virilité sans nous émousser.

Pourquoi les hommes adorent les chieuses de Sherry Argov, 286 p., éditions City.