Chronique

Le retour d’Alex Sorrès

"Priyèr si priyèr"

6 ans après "Piton Mi Lé", Alex Sorrès revient avec un disque punchy, bien foutu, énervé et drôle, mélodieux et entêtant, riche... une réussite, quoi. Chronique et écoute.

On a bien cru, un moment, qu’il n’arriverait jamais. Voilà 6 ans qu’on l’attendait, qu’on l’espérait, qu’on sentait des hésitations, presque des atermoiements, surtout dans la dernière ligne droite, tant et si bien quo’n avait fini par soupçonner l’animal d’être un dilettante, de manquer d’envie, de ne pas y croire... Le 2e album d’Alex Sorres est donc ENFIN sorti ! Et on est bien contents de pouvoir vous dire qu’on n’a pas attendu pour rien : Priyèr si priyèr est bien la réussite qu’on espérait depuis de longs mois déjà.

Avec la complicité de Camille Bazbaz à la réalisation et aux arrangements, le kid de Piton des Goyaves est parvenu à trouver une musicalité bluesy, vintage, sensuelle et organique qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans la prod hip-hop locale. Entre rhodes et harmonica, guitares et grosses basses bien rondes, Alex continue de creuser un sillon nouveau dans la street créolité, celui d’un rap mélodieux qui entretient des liens profonds avec ses racines – l’un des meilleurs morceaux de l’album oublie même carrément le hip-hop pour explorer un univers maloya trafiqué à bases de beats synthétiques.

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Seul regret : la touche de rondeur et de sensualité analogique apportée par Camille Bazbaz est parfois rendue trop discrète par des choix de production un brin agressifs, très fabriqués, qui rappellent encore un peu parfois l’époque où les rappeurs péï créaient leurs instrus sur des logiciels amateurs à partir de mauvais sons midi (le morceau Priyèr si priyèr, par exemple). Mais globalement, la qualité et l’élégance de l’ensemble rendent impossible de remarquer qu’Alex a enregistré, produit et mixé son album à la maison, dans un mini home studio collé au dos de sa case.

Un disque mélodieux donc, où la force blues du chant semble toujours plus efficace que l’énergie brute du flow (pourtant, les paroles sont souvent à la fois belles, féroces et drôles – du grand rap quoi). A tel point qu’on finit par se dire que ce disque si longtemps attendu en appellerait un autre, tout de suite après, un disque entièrement chanté, un vrai, pur disque de blues et de maloya où Alex pourrait s’assumer, enfin, comme un très grand chanteur. Allez, au travail !


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