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Sous les lunettes de Zerbinette

Quand le requin dort

Une petite perle dure, insaisissable, mais qui finit par briller de sa beauté nacrée, voilà ce que j’ai trouvé dans la gueule du requin de Milena Agus.

Curieux roman, dont l’univers familial se dessine, cahin-caha, à travers la voix de la jeune narratrice.

Un père séducteur et fantasque qui joue aux abonnés absents lorsque frappe le malheur, une mère fragile et esthète qui poétise son suicide, un frère pianiste emmuré dans son art, une tante sublime et tragique vouée au célibat, une grand mère prophétesse de l’austérité, et notre narratrice, subissant les perversions sexuelles d’un homme marié comme châtiment expiatoire, voilà les personnages torturés et sublimes qui tentent de se frayer un chemin de fortune, hors de la gueule du monstre. Mais ne t’y méprends pas cher lecteur : nul larmoiement ni condescendance dans cette humaine traversée. Quand le requin dort, la résilience s’éveille et la reconstruction n’est jamais loin.

Une lecture émouvante magnifiée par la voix singulière de l’écriture, tendue vers l’espoir, coûte que coûte.

Quand le requin dort de Milena Agus, 149 p., éditions Liana Levi.