Coup de coeur

Quoi de neuf, docker ?

Recyclant éhontément ses vieilles vannes, Manzi tisse un hommage à la meilleure discothèque éphémère de l’ouest.

Alors on t’a pas vu à la boum vendredi soir ? J’espère que tu fais pas partie des grincheux qui ne voient pas l’intérêt de ce genre de soirée prétextant que tu as une poussée urticaire à l’énonciation du mot Sauvage et que tu as déjà vu Karl Hungus cinq fois cette année. Du reste, on dit plus Sauvage mais Sauvage Sound System, ce qui change tout, ok ? Les gars sont tellement omniprésents sur les dancefloors qu’ils pensent même à trouver des doublures et il ne s’agit pas de playlists iTunes, bande d’enflures. Vendredi, après un set endiablé, Kwalud est sorti de scène pour être suivi, comme par magie, par un sosie plus bouffi, en la personne de Dj Tron, histoire de ne pas perturber son public conquis.

Je vous rappelle cette maxime régissant le code d’honneur du clubber réunionnais : Une rentrée sans Karl Fungus c’est comme une pizza sans champignon, ça n’a pas la même émanation. Oui je sais, je refourgue mes vieilles vannes mais je trouve important de mettre à l’honneur ce Dj méconnu : Blaise est brasseur de bières le jour, d’où fungus (champignon en anglais), et ambianceur de ménagères le soir, d’où Karl (greluchon en teuton). C’est mon nouveau sacerdoce cette année : expliquer mes jeux de mots foireux car je me rends compte qu’ils sont rarement compris et je peux vous attester que, vendredi soir, j’ai même croisé un Bunny un peu benêt - sûrement trop jeune pour avoir connu Ça cartoon - qui n’avait pas capté l’intitulé de la soirée.

L’autre réserve entendue au sujet de cette soirée serait qu’il ne s’agit que d’une convention de passeurs de disques et que, pour ça, y’a des discothèques. Alors oui, mais alors il faut m’indiquer dans quelle boîte de nuit réunionnaise je peux écouter de si bons sons. Soyons sérieux, ou plutôt non, soyons joyeux et envisageons cette manifestation pour ce qu’elle était : une rentrée amicale pour revoir les potes et danser sur de la black music de qualité en toute frivolité.

C’est quand même pas tous les week-ends qu’on peut bouger son boule sur des pures perles soul et R’n’B savamment enchaînées par Jonathon More, fondateur du label Ninja Tune et moitié du mythique duo Coldcut.

Ce résumé est un peu réducteur car chaque nouvel opus amène son lot de bonus : quelle riche idée d’installer à l’étage un mini lupanar pour mater des pornos nanars et s’exercer à la post-synchro sur des films de fesses rétro. Bon, on n’y passe pas la soirée non plus, hein. Mais saluons cette volonté de rendre l’événement protéiforme et de plus en plus exigeant esthétiquement.

Je tiens à conclure par une mention spéciale au live painting de l’artiste Floe qui nous a brossé une bobonne bien bombasse à la Botero dérobée derrière un clébard, beau et bizarre comme un bâtard d’Anubis.

Manzi