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Radio Elvis et le symbolisme de l’éclipse

Après avoir longtemps fantasmé le voyage dans un rock poétique d’excellente facture, les talentueux garçons de Radio Elvis s’exportent sous nos latitudes.

On les a comparés à Bashung, Bertrand Belin et Dominique A, on les met en parallèle avec Feu ! Chatteron et La Femme. Radio Elvis, ce trio d’un rock voyageur et littéraire tout en subtilité débarque pour une rentrée distinguée au Kabardock Café. À la manière de leur répertoire, ils nous ont offert une rencontre intimiste — sûrement parce que nos confrères dénués de bon goût se sont rués sur la nomination d’Erika Bareigts — et libre. Pierre, auteur et chanteur pieds nus sur le canapé et les lunettes rondes vissées sur les yeux, accompagné de ses deux musiciens, Manu et Colin, ont accepté de répondre à une interview pas du tout préparée.

Qu’à cela ne tienne, nous avons tout de même pu aborder leurs thèmes prégnants, des métaphores distillées dans leurs textes symbolistes et des images quasiment cinématographiques qui laissent aux interprétations sibyllines le loisir d’imaginer des paysages de fleuves et de ressacs, de déserts et de caps, de routes et de marées.

Causer avec ces jeunots et écouter leurs textes sans succomber à la tentation des velléités littéraires est une gageure qui rappelle à quel point le critique est souvent un auteur contrarié. Alors je leur demande, non sans une certaine mauvaise foi, si leur succès n’a pas surtout bénéficié d’un phénomène de mode. « Je pense qu’on a bénéficié de notre musique, rétorque le chanteur. Après, on arrive à un moment où, effectivement, il y a peut-être un regain mais j’ai l’impression que ça a toujours existé les groupes qui chantent en français et qui font de la musique avec des influences anglo-saxonnes.  »

Des Doors à Noir Désir, de London à Kerouac, ils embrassent leurs influences, empruntant sans vergogne ici, là et au cinéma des images pour les traduire en textes et musiques. Nouvelles sources d’inspiration, les voyages qui ont glissé du fantasme littéraire à la réalité. De quoi s’alimenter de l’exotisme des lieux de tournée, quand bien même ils n’y feraient que trois petits tours avant de s’en aller. « Parfois une heure suffit  » sourit Pierre. Et Colin d’ajouter : « Justement, c’est génial parce qu’on n’a pas vraiment le choix. Ça permet justement de faire des choses qu’on n’aurait jamais faites si on était venus en vacances, comme par exemple te parler. »

Face à l’absence de confrère, je réalise que seule ma venue retarde leur trempette au lagon et leur bain de soleil. Tant pis, la crédibilité d’un rockeur n’est-elle pas inversement proportionnelle à son bronzage ? Mais il ne sont pas venus que pour se la couler douce, ils profitent d’un étrange concours de circonstances, dont l’éclipse annulaire du 1er août, pour tourner à La Réunion un clip qui devrait paraître courant septembre. « C’est sur un titre qui est assez important pour nous, explique Pierre. La personne qu’on a choisie pour réaliser le clip a toujours rêvé de tourner à La Réunion. Et on a appris qu’il y avait une éclipse solaire au moment où on y était. Et la chanson pourrait parler de ce genre d’événement assez important. Et la métaphore de l’éclipse solaire est justement très symbolique. »

Concernant leurs symboles je profite de n’avoir pas passé le stade anal pour demander si leur poésie n’était pas parfois un moyen de masquer des conneries, si « j’essayais doucement de contenir les vents » n’était pas un moyen détourné de causer transit intestinal. Il se marre mais dément, et comme il est ce qu’on appelle sans péjoration dans le jargon journalistique « un bon client », vous pourrez trouver la quasi intégralité de l’interview où l’on alterne en toute décontraction poésie et flatulences, voyages et fringues, contemplation et bashing de mots galvaudés.

En attendant, ce que vous pouvez retenir est que Radio Elvis, avec son écriture léchée et ses musiques qui embarquent le public pour jouer les montagnes russes émotionnelles dans des motifs chiadés, est incontestablement notre groupe coup de cœur à ne pas louper en ce début de mois.