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Sous les lunettes de Zerbinette

Repulse Bay

J’ai commencé la lecture sans savoir que l’ouvrage avait obtenu le prix du premier roman 2013. L’envoûtement fut venimeux dès les premières pages.

J’ai senti quelques effluves de Duras sur un fond désenchanté. Il n’y a pas grand chose pourtant dans ce récit. Un homme, une femme mariée, et la baie de Hong Kong. Un consultant français happé par le mirage hallucinant d’une Asie qui toujours lui échappe. Le besoin de se consumer dans la ville insaisissable qui le guérit du terreau natal et simultanément l’exile. Une actrice chinoise, insolente beauté, qui rêve d’occident : Beverly C. Un autre mirage construit de toutes pièces par son époux mégalomane. Repulse Bay, c’est un peu Gatsby le Magnifique un siècle plus tard. Un trio malmené par la lutte des égos. Même vacuité fastueuse, même attraction vénéneuse. Le français et l’actrice se tournent autour, se séduisent et se toisent.

Dans leur sillage, l’économie mondiale se noue et se dénoue. Tandis que Beverly galvanise les foules, son amant régente les flux. Chargé d’évaluer les risques climatiques et leur impact sur la consommation, il devient grand prédicateur des marchés. C’est un roman charnel et pernicieux, au sein duquel l’amour se déconstruit. C’est ce qu’on penserait du moins, jusqu’à la fin. Mais sur le dos du dragon, tous les possibles peuvent advenir. Étourdissant...

Repulse Bay d’Olivier Lebé, 176 p., éditions de la Grande Ourse.