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Rock the Kabar

Pour sa 10e édition, le festival Rock à La Buse revient au Palaxa pour deux soirées mêlant le meilleur du rock insulaire et de l’océan Indien.

10 ans de boulot. C’est ce qu’il a fallu à l’association Ravine des Roques pour sortir le rock réunionnais de l’underground, le structurer (un peu), et changer son image sans renier l’esprit de camaraderie, de bricole et de radicalité qui fait le charme de tous les bons souterrains musicaux. À travers le label Maudit Tangue, le festival Rock à La Buse et les tournées qu’ils organisent régulièrement, ces flibustiers ont contribué à élever le niveau des pogos créoles, et à faire connaître les nouveaux diables du riff océanique. Les 18 et 19 mars, on pourra se rendre compte sur le plateau du Palaxa de la qualité et de la variété d’une scène qui ne fait que monter.


VENDREDI 18 MARS


TAPES
À l’ère de tous les mélanges, l’énumération d’influences est souvent fastidieuse tant elles sont nombreuses et difficiles à démêler. Tapes est l’un de ces groupes chez qui l’on peut tout entendre avec plaisir, de la désinvolture blasée du rock british à la rythmique bluesy américaine des 70’s en passant par le grunge. Et pourtant, c’est original. Allez comprendre.
TELL ME PETER
Beaucoup, beaucoup de cheveux et de fraîcheur chez ces galopins qui ébouriffent un milieu largement composé de trentenaires (et plus si infirmités). Une fusion de grooves éparpillés et de rock mélodique qui ne recule devant aucune complexité rythmique, et une voix féminine aussi effrontée que souriante et balèze.
RISKE ZERO
Le dragster du rock péi vient de sortir un album, No Country for Poor Men, qui valide l’hypothèse dominante sur la qualité principale d’un bon groupe de punk : l’endurance physique. Rapide et percutant, leur son brut n’est pourtant pas dénué de finesses et d’intelligence, entre la hargne sociale de Noir Désir ou du rock espagnol et des échappées folk rugueuses taillées dans la poésie de William Blake.
THE PRANKS
Gare au phénomène ! Emmené par l’imprévisible et géniale Purity Mkhize, ce quartette barré venu de la bonne ville du Cap ne recule devant aucune excentricité. Pourquoi s’en priver d’ailleurs, puisqu’ils peuvent tout faire, du ska mâtiné de parfums ruskov aux bouillons funk zulu sans jamais quitter les rangs turbulents de la grande famille punk ?

SAMEDI 19 MARS


MOTHRA SLAPPING ORCHESTRA
Contrebasse, guitare électrique, batterie et clope au bec : avec une nonchalance rigolarde, le Mothra Slapping Orchestra fait du rock zéro complexe, content de se promener sa dégaine rockabilly partout, de compos originales inspirées par le quotidien au répertoire d’Alain Peters à celui de Prince.
GOLGOT VR
One man band, Golgot VR n’est pourtant jamais vraiment seul sur scène où ses pédales, ses synthés et leur escorte de bips semblent inviter une armée de dessin animé à foutre le boxon dans l’histoire du post-punk. Entre les Pixies, les premiers disques de The Cure et la musique de jeu vidéo se tient l’un des meilleurs rockers de l’océan Indien.
VACUUM ROAD
Qui a dit que le métal ne pouvait pas être doux et mélodique ? Vacuum Road cultive depuis ses débuts des ambiances nuageuses où l’émotion enfle au long de compositions progressives, mais reste ancré dans l’identité sonore des grands groupes de métal, avec double pédale et guitares à distorsion lyrique. Un mélange atypique, à la fois lourd et aérien, comme une explosion filmée au ralenti.
RAG N’BONE
Ils disent que leur musique, c’est de la « moisissure soignée ». La tension entre prosaïsme et hauteur esthétique est partout sensible chez ce groupe australien, qui mêle ambition littéraire et colère d’un bagarreur de rue, passant de la ballade poignante au noise le plus frontal, du bisou au coup de boule avec la même sincérité. Deux garçons, deux filles, une seule possibilité : faire du rock pour survivre et pour résister.

En marge du festival, une expo-vente réunit 30 illustrateurs ayant planché sur des affiches de concerts mythiques qui n’ont jamais eu lieu.

François Gaertner

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