Interview

Rockambolesque !

Entretien exclusif avec Franck Meynet

À la Cité des Arts, ROCK&BD n°2, une exposition coordonnée par Hippolyte avec le concours de Romain Philippon, Sam Malka et Freddy Leclerc exhume des affiches de concerts mythiques qui se sont déroulés à la Réunion, l’occasion de (re)découvrir tout un pan de l’Histoire musicale étrangement délaissée. À qui profite de cette amnésie collective ?

Quelle est l’archive la plus incroyable de cette exposition ?

On avait déjà frappé fort avec la première expo l’an dernier, en ressortant des affiches de concerts mythiques complètement oubliés comme les Doors à Mafate ou ce concert complètement perché de Bob Marley à Cilaos. Les retours avaient été dingues, entre stupéfaction et révélation. Du coup des gens nous ont envoyé des archives incroyables : il y a cette photo de Jimmy Hendrix serrant la poigne de Paul Vergès (la seule d’ailleurs, je crois que le reste de la pellicule a été détruite lors des événements de 84), mais il y a surtout cette archive vidéo de Jim Morrison avant son concert à Mafate, où il parle d’un jeune artiste réunionnais de 16 ans croisé dans la rue et qui l’a totalement subjugué et bouleversé : Alain Peters !

Actuellement, certaines mauvaises langues disent que le rock reste un sous-genre musical à la Réunion. Cette exposition prouve le contraire, non ?

Peu de gens le savent, mais le rock pose ses fondements à la Réunion… John Peel, le mythique critique rock de la BBC ne s’y est d’ailleurs pas trompé : après avoir découvert une affiche des concerts de Motörhead pour leur Overkill Reunion Tour chez Lemmy, il a continué son enquête, voulant en savoir plus sur ce petit caillou au milieu de l’océan indien dont lui-même n’avait jamais entendu parler. Il s’est vite aperçu que la plupart des grands groupes du XXème siècle ont fait leur tour de chauffe ici : The Who, les Beatles, les Stones, tous sont passés ici pour se tester et puiser leur énergie sur la terre volcanique.

Il faut bien se rappeler qu’on était alors dans un grand trip mystique, et la Réunion se bataillait alors avec l’Inde comme le territoire rassemblant le plus de forces naturelles et cosmiques. Après, pourquoi La Réunion a été occultée de la grande histoire du rock dont elle fait totalement partie, on peut se poser des questions...

S’il y a eu un complot anti rock à la Réunion, à qui profite la manigance ?

Je me le demande… on ne peut qu’émettre des hypothèses, mais c’est étrange que tous ces concerts aient complètement disparu de l’imaginaire collectif, comme effacés… Depuis l’an dernier les souvenirs remontent, les gens se souviennent, la vérité refait surface et l’incroyable histoire du rock à La Réunion reprend sa place. Est-ce la diaspora indienne ?

Quelle est votre affiche préférée sur la cinquantaine d’œuvres exposées ?

Nina Simone dovan la Kaz Châteauvieux, pour le gala de la République Française le 14 juillet 1965. On se demande encore comment ce concert a pu être programmé, mais il n’a malheureusement jamais eu lieu car les autorités de l’époque ont fait marche arrière au dernier moment. Comme pour toutes les autres affiches, elle reste mythique.

Propos recueillis par Manzi


Le lancement du livre Rock et BD Réunion aura lieu jeudi 20 avril, à 19h, à la Cité des Arts de Saint-Denis

Le livre, en prévente à prix réduit jusqu’au 20 avril : https://fr.ulule.com/rock-et-bd/

Voici le site de vente en ligne avec toutes les affiches dispos en 4 formats : http://contrebande.tictail.com/

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