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Rosenn : un film d’époque à La Réunion

Pendant tout le mois de juillet, l’île de la Réunion a été le cadre du tournage de Rosenn, le dernier long métrage d’Yvan Lemoine. Un tournage inattendu, car il devait à l’origine être réalisé sur les côtes bretonnes. Explications.

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"Ce n’est pas du blabla : tourner ici s’est avéré être une véritable chance, et un grand bonheur". Yvan Lemoine (Vendredi ou un autre jour, Le nain rouge, Grève blanche, Les sept péchés capitaux) est un réalisateur comblé. Je le rencontre, lui et son équipe, lors du dernier jour de tournage de Rosenn, sur le magnifique domaine du Grand Hazier, à Sainte-Suzanne. Comme je suis une journaliste bien renseignée, je sais que la destination de tournage a changé in extremis un peu avant notre hiver austral. Ce mélodrame en costume qui conte la rencontre passionnelle, au début du 20e siècle, entre un dandy british spirituel (Rupert Everett) et une jeune institutrice au charme lumineux (Hande Kodja), devait à l’origine être tourné en Métropole. Je m’interroge donc : que s’est-il passé, et pourquoi La Réunion ? "Nous devions tourner Rosenn en Bretagne, comme ce prénom l’indique d’ailleurs, m’explique Yvan Lemoine. Sauf qu’on a appris, un peu à la dernière minute, que la Région n’acceptait pas de financer mon projet, parce que j’en avais déjà déposé un une fois". Mauvaise surprise donc, d’autant que trouver des aides financières est une galère sans nom. "Pour un long métrage, il faut monter les financements, et je peux vous dire que ce n’est pas simple. Nous n’avions que de tous petits moyens, et sans aides, impossible de tourner", confirme Shu Aiello, la directrice de production.

L’Agence Film Réunion à la rescousse

La sauveuse de Rosenn s’appelle Françoise Kersebet, déléguée générale de l’Agence Film Réunion (anciennement ADCAM). En 2005, elle s’était occupée d’accueillir le tournage de Vendredi ou un autre jour, le précédent film d’Yvan Lemoine. "Je l’ai recroisée par hasard au Festival de Cannes et je lui ai parlé de mon problème de budget pour Rosenn. Elle m’a aussitôt proposé de tourner le film sur l’île", raconte Yvan Lemoine. Je reste perplexe : est-il courant de changer de destination de tournage au pied levé ? Cela ne modifie-t-il pas radicalement l’histoire ? "C’est vrai que d’habitude, on ne fait pas ce genre de choses. Mais j’ai réfléchi et j’ai réalisé qu’en fait, La Réunion, c’est la Bretagne en puissance dix au niveau des rochers, des vents, des falaises. Et finalement, ce qui était à l’origine un problème de financements est devenu une aubaine pour mon film", se réjouit Yvan Lemoine.

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Mr. Everett sou pié d’boi

Réadapter le scénario au décor

Le réalisateur se lance alors dans la réécriture de son scénario pour l’adapter à La Réunion. Lorsque je lui demande si cela lui a pris du temps, il me répond, amusé, que 21 ou 22 versions de scénarios, c’est finalement un peu la même chose. Et Shu Aiello de confirmer : "il fallait de toutes façons réécrire assez rapidement car entre-temps, Rupert Everett (Petits meurtres à l’anglaise, Shakespeare in love…) avait donné son accord pour jouer dans le film. Mais comme il n’était disponible qu’en juillet, nous n’avions pas le choix : nous devions absolument être prêts à tourner à ce moment-là". Ainsi, à partir du 27 juin dernier, et pendant 29 jours, le tournage a eu lieu dans divers endroits de l’île, notamment dans les environs de Sainte-Suzanne.

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Mr. Everett dann la kour

Ambition, costumes et système D

Avec Rosenn, Yvan Lemoine répond à un challenge ambitieux : réaliser un grand film romantique, en costumes d’époque, avec la contrainte du budget évoquée plus tôt. Mais il a pu s’appuyer sur les équipes réunionnaises, compétentes, efficaces… Mais aussi débrouillardes, notamment pour la décoration, certains détails des costumes, ou encore la recherche de voitures d’époque ainsi que de cadres de tournage crédibles historiquement parlant. "On a retrouvé une grande partie de l’équipe de Vendredi […], des gens formidables. C’était comme se retrouver après des vacances qui auraient duré huit ans", plaisante Yvan Lemoine. Le réalisateur a également retrouvé les décors magnifiques qui l’avaient déjà marqué lors du tournage de son précédent long métrage.

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Rozenn, institutrice lumineuse

L’apport d’une dimension sociale

Si l’histoire de Rosenn a été facilement transposable à La Réunion, elle a tout de même évolué. Pour le mieux, si l’on en croit Yvan Lemoine : "tourner ici a apporté une dimension sociale au film, qui n’existait pas dans le scénario original". En effet, l’histoire se passe en 1900, dans une société post-esclavagiste. Le personnage de Rosenn est une institutrice généreuse, lumineuse, "la contamination du vice par la grâce", comme la décrit — simplement — le réalisateur. A l’heure où certains sont encore rejetés à cause de la couleur de leur peau, elle n’hésite pas à aider son prochain, quelles que soient ses origines, et à encourager ses pairs à faire de même. Certaines scènes ont ainsi été ajoutées spécialement, contribuant à apporter cette nouvelle profondeur à Rosenn et, d’une façon plus globale, au film. Le destin a donc bien fait les choses, en transformant la petite Bretonne en Bourbonaise !

Impossible pour l’heure d’avoir une date de sortie précise, mais le film devrait être bouclé au printemps 2013. Au casting, outre Rupert Everett et Hande Kodja : Michel Aumont, Béatrice Dalle, Stanislas Mehrar et Firmine Richard.

Par Aurore Le Bourdon

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