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SAKIFO 2012 : dimanche 3 juin

3 jours de Sakifo, ça vous donne la patate, ça vous explose (en bien) les tympans, ça vous colle le smile, ça vous ouvre les mirettes, ça vous élargit les horizons musicaux... et ça fout nos reporteurs ses les rotules... mais au final c’est que du bonheur ! Let’s go pour ce dernier jour commencé tôt en compagnie de M. Waro lors du maintenant traditionnel Risofé de Terre Sainte.

Komidi 2011

Komidi, le festival de théâtre du Sud Sauvage, revient du 30 avril au 7 mai pour sa 4ème édition à St Joseph et Petite-Ile. Au (...) +++






SOMMAIRE (cliquez sur les titres pour aller directement aux parties concernées)

Hier, j’ai avoué à Patrice qu’il était mon premier… concert. Une rencontre pleine d’émotions, vous le comprendrez aisément.

Patrice, ce n’est pas la première fois que vous venez à la Réunion ?

Non, tout à l’heure on m’a dit que c’était la 3ème fois, mais à vrai dire je ne m’en souviens plus. Je me rappelle certaines choses, comme l’ambiance sur le dernier concert que j’ai fait ici, ou quels étaient les musiciens sur scène… J’ai une mémoire sélective !

Votre musique ne peut pas être facilement ‘classable’ : reggae, pop… Vous avez un style assez diversifié. Est-ce pour cela que vous changez régulièrement de musiciens pour vous accompagner sur les concerts ?

Musicalement, je suis assez particulier. Mes concerts sont difficiles à jouer, car on mixe plein de styles différents. En plus, je suis quelqu’un d’assez spontané. Donc oui, bien sûr, on répète, on a une ligne directrice, mais j’aime avoir de la liberté. Et là, il faut que les musiciens qui sont avec moi suivent. Les arrangements peuvent être complexes, on doit tous être sur la même longueur d’ondes. J’aime m’entourer des meilleurs : au clavier par exemple, mon musicien a joué pour Mickaël Jackson, pour Cat Stevens, pour Craig David…

Pouvez-vous être aussi libre que vous le voulez lorsque vous jouez en festival ?

Non, un festival c’est très cadré, notre temps sur scène est limité. Chacun donne son meilleur dans le temps qui lui est imparti.

C’est un peu une compétition ?

Oui, mais uniquement dans le bon sens du terme alors. C’est une émulation : on s’inspire les uns des autres… La compétition est essentielle à un sportif pour qu’il s’améliore toujours : c’est pareil pour un musicien.

Je crois savoir qu’entre deux gros concerts, vous aimez vous retrouver dans des petits bars… Pourquoi ?

Parce que j’ai besoin de me challenger, tout le temps. La routine, c’est la mort. Varier les salles, les publics, ne pas être à l’aise : c’est ce qui me permet de rester vivant artistiquement.

Travaillez-vous sur un prochain album ?

Oui. Il s’agit d’une compilation de toutes les cassettes de moi que j’ai retrouvées ! C’est dur, je pense qu’il va falloir que je ravale ma fierté, car c’est loin d’être parfait ! Ce sont des cassettes qui datent de moi quand je chantais à 16 ans. Mais je ne veux rien toucher, il faut que ça reste authentique. On va mettre ça dans un joli vinyle, avec un CD à l’intérieur. On l’appellera sûrement Lost and Found.

C’est drôle, car moi à 16 ans, je suis allée vous voir en concert, et vous étiez mon tout premier !

Oh, je suis honoré, c’est génial ! Ca ne me rajeunit pas vraiment, je devais avoir 19 ou 20 ans à l’époque…

Oui, vous chantiez You always You, j’adorais !

Ah, You always You, c’est toute une histoire… En fait j’avais enregistré cette chanson sur une cassette, quand j’avais eu l’opportunité de passer en studio, et un jour un ami m’a présenté un producteur. Il m’a dit « qui êtes-vous », et moi j’ai dit « oh, moi, je ne suis personne ». Je ne sais pas, ça a dû l’intriguer, il a demandé à écouter ma cassette. Il m’a rappelé quelques jours après pour me demander si j’avais d’autres chansons du même style. Moi j’étais plutôt ragga, je ne me considérais pas du tout comme un chanteur… Mais il a insisté alors je suis allé le voir en studio et c’est là que j’ai enregistré la plupart des chansons de l’album Ancien Spirit. Le producteur a envoyé la cassette de tout ça à un de ses amis qui travaillait également dans la musique. Ca lui a plu : c’est comme ça que j’ai signé mon premier contrat, et que tout a vraiment commencé !

Quand vous dites que vous avez dit « je ne suis personne », tu dis que tu as dit que tu n’étais personne, c’est parce que vous manquiez de confiance en vous ?

Non, au contraire j’ai toujours eu entièrement confiance en moi. A l’époque je savais que je voulais faire de la musique, mais j’étais plutôt branché ragga, grosse voix, tout ça… You always You, c’est une vraie chanson intime. J’avais même tellement confiance que parfois, quand je jouais devant ma mère et que son avis n’était pas génial, je lui disais que c’était elle qui ne comprenait rien à la musique !

Votre mère est votre manager, elle vous a toujours soutenu ?

Ma mère a fait beaucoup d’efforts pour m’envoyer dans de très bonnes écoles. Du coup, quand je lui ai dit que je voulais faire de la musique, au début elle m’a dit « non, les études d’abord ». Je lui ai demandé de m’accorder 2 ans. Et puis un jour j’ai joué au Solidays, et je lui ai proposé de venir. Elle n’avait aucune idée de ce qu’était ce festival. Résultat, quand elle a vu le nombre de gens, quand elle les a entendu crier mon nom, qu’elle a vu les caméras… Elle a compris qu’entre la musique et moi, c’était du sérieux !

Qu’est-ce que vous prévoyez pour demain soir ? (ndlr : interview réalisée samedi 2 juin !

Un peu de chaque album, et peut-être une expérience… Je n’en dit pas plus, mais je suis super excité, et je pense que le public ne sera pas déçu !


Peu avant son concert, Saul Williams a accepté de papoter un peu avec moi. Rencontre avec un artiste « couteau suisse ».

Saul Williams, vous êtes un artiste « multiple » : poète, écrivain, musicien, rappeur, acteur… Comment faite-vous cela ?

En fait c’est assez naturel pour moi. J’ai commencé avec le théâtre et la musique. J’étudiais le théâtre à l’école, mais j’ai aussi grandi avec le hip hop, dans les années 80 à New York. Ca, je ne pouvais pas l’étudier, donc je rappais pour moi.

Ce sont différentes façons de vous exprimer ?

Oui, avec le théâtre, on peut s’exprimer, jouer un personnage… Mais ce ne sont généralement pas des choses que l’on écrit soi-même. En tant que jeune rappeur et écrivain, je pouvais ainsi être sur scène avec mes propres textes. Tout se combine et se complète, finalement.

Y-a-t-il une discipline que vous préférez ?

Non, je n’ai pas de préférence car c’est comme ça que je suis fait. En fait je pense que c’est le cas de tout le monde : on peut tous faire plusieurs choses en même temps. C’est juste que la plupart des gens choisissent de se concentrer sur une seule chose. J’aime avant tout écrire des mots, pour m’exprimer, et écrire de la musique, qui consiste à écrire sans les mots. Et à un moment, quand j’écris de la musique, je me mets à imaginer quels mots pourraient aller avec. Et inversement. C’est un équilibre quasi-thérapeutique pour moi.

Et le slam, que vous pratiquiez plus jeune ?

Lorsque je prenais des cours de théâtre, j’étudiais Shakespeare. J’ai donc grandi avec l’amour des mots et de la langue anglaise. Mon père était pasteur, donc j’écoutais aussi comment il utilisait les mots pour faire passer ses messages spirituels. Et moi à côté, je rappais. Je jouais avec les mots de la rue, je m’amusais. J’ai découvert que le slam était une forme d’art après en avoir écrit moi-même !

Vos albums sont tous différents. C’est à chaque fois l’occasion d’explorer de nouveaux horizons ?

Oui tout à fait. J’adore découvrir de nouvelles choses. Par exemple l’été dernier j’ai joué dans un film qui se passe au Sénégal. Mon texte était en français, ce qui allait à peu près car je le parle un peu, mais aussi en wolof. Pour ces parties de texte là, j’ai appris phonétiquement. Pour moi, c’était un challenge génial : voyager, apprendre une nouvelle langue, découvrir une nouvelle culture… Et en musique c’est pareil, j’aime explorer. Et encore une fois, ce n’est pas un choix, je ne me dis jamais « oh, il faut absolument que cet album soit différent ! ». Ça vient comme ça. Par exemple, j’écoute la radio, ou mon iPod, et puis je me dis « tiens, j’aime la musique brésilienne et le heavy metal : si on essayait de les mettre ensemble pour une chanson ». Je fais de la musique pour entendre des choses qu’on n’a encore jamais entendues, vous comprenez ?

J’ai rencontré Patrice hier qui m’a dit que vous alliez sûrement travailler ensemble sur un projet ?

Oui, on en a parlé hier effectivement ! En fait je travaille en ce moment sur un projet assez original, qui est un livre-album-film. Toutes ces choses existent, donc je me suis dit que ça pourrait être marrant de créer un objet qui les combinent toutes. Donc j’ai commencé à écrire de la musique, du contenu pour le livre, et j’ai demandé à Patrice s’il voulait m’aider à écrire une chanson. J’avais déjà très envie de travailler avec lui. C’est essentiel d’être motivé, excité par un projet, c’est la clé de toute collaboration. Patrice et moi partageons ce point de vue.

C’est votre première fois à la Réunion ?

Oui, et je suis extrêmement heureux d’être là ! Vous savez, aux Etats-Unis, personne ne connaît vraiment la Réunion. Je pense que c’est parce que les américains vont plus du côté de Porto Rico, Hawaï… J’ai découvert l’existence de cette île une fois que j’ai déménagé en France. Ces dernières semaines, on m’a fait écouter la musique réunionnaise, découvrir la culture… J’ai beaucoup voyagé au Brésil, en Inde, en Afrique, donc je m’y retrouve un peu ici, mais j’ai quand même fait quelques découvertes sympa hier…


J’ai ressenti hier ce que l’on ressent un dernier jour de festival réussi : l’impression que les artistes programmés pour cette date particulière mettent un point d’honneur à nous laisser repartir avec un goût de « revenez-y l’année prochaine ».

Malgré la pénurie de bouteilles d’eau sur tout le site (ce que je trouve, soit dit en passant, assez grave), le public n’a pas hésité à se donner à fond lui aussi, et à balancer toute l’énergie qui lui restait après ces 3 journées hautes en couleurs. J’ai trouvé l’ambiance particulièrement bonne hier, et les artistes particulièrement bons.

Tout a commencé pour moi avec Flavia Coelho, qui a apporté une chaleur tropicale sur la scène de Filaos. Elle a conquis le public, qui fond littéralement lorsqu’elle nous dit avec son accent brésilien adorable « bon fête à tous les mamans ».

J’enchaîne avec Blitz the Ambassador et ses musiciens, qui, habillés en Blues Brothers, nous envoient un flow digne des meilleurs sons des Roots. Le public se chauffe, se chauffe, et c’est un océan de mains en l’air qui se balancent devant la scène de la Poudrière.

Mais il n’en fallait pas moins avant d’aller voir l’enfant terrible de ce festival : Orelsan. Eh bien je n’aurais qu’une chose à dire : merci, Sakifo, d’avoir maintenu ce rappeur aux textes percutants, incisifs, vulgaires parfois mais souvent drôles. Car oui, Orelsan est drôle, il ne se prend pas au sérieux, il s’amuse sur scène, saute comme un gamin et ne cesse de nous remercier d’être là. Il s’éclate tellement que c’en est contagieux : la foule chante à tue-tête les refrains les plus commerciaux du rappeur, et « danse n’importe comment », pour paraphraser le Caennais qui nous trouve « trop cool ».

Je n’ai pas vraiment repris mon souffle en allant voir Saul Williams, super performeur de son état, que j’ai eu le plaisir de rencontrer avant son passage sur scène. Un litre de bière plus tard (je vous ai dit qu’il n’y avait plus d’eau…), je retourne vers Salahin voir Patrice. Là encore, on assiste à un concert hyper énergique : Patrice enchaîne tubes connus et hommages à Whitney Houston et Bob Marley, balance du ragga et, ambiancé par le public qui scande « pow pow pow pow » sur l’air de Seven Nation Army des Whites Stripes, n’hésite pas à le reprendre à la gratte.

J’ai quelques petites forces en rab’ pour passer voir Hijo de la Cumbia et Chinese Man, et je dois bien le dire : si ces 3 jours m’ont éreintée, ils m’ont surtout enchantée. J’ai hâte de découvrir la prochaine programmation ! Merci, Sakifo !


Chauffer la scène, en plein jour, alors que le public n’est pas encore arrivé, c’est une besogne ingrate. Qu’importe, Blitz passe direct à l’offensive.

Flow tranchant, groupe réglé en costard nickel, section cuivres efficace en diable : en deux minutes, il ringardise Sharon Jones et sa reconstitution historique des soirées à l’Apollo de Harlem en 1963 (excellent show, cela dit). Posé sur des beats bourrins et tendus, le style Blitz repose sur une grosse présence, beaucoup d’énergie et un hip-hop organique, sans machines, gavé d’influences high-life, funk et soul.

Tout juste trentenaire, ce Ghanéen installé à New York ramène le rap anglophone à la vie en lui injectant une potion élaborée à partir d’extraits naturels d’intelligence et d’engagement politique pro-africain. C’est un « rappeur conscient », donc, comme on dit désormais que le hip-hop a oublié qu’il venait de la rue, de la colère, et qu’un rappeur est conscient par défaut – Blitz nous rappelle qu’il serait plus juste de qualifier une bonne partie des MCs du moment de « rappeurs inconscient ». Entretien.



Comment avez-vous découvert le hip-hop ?

Au Ghana, où j’ai grandi, tout le monde écoutait du Highlife, beaucoup de reggae aussi. C’était la musique de la rébellion, la musique de la rue. Mais ça ne me suffisait pas, ça n’était pas suffisant pour m’aider à comprendre le monde qui m’entourait. J’étais à la recherche d’une chose à laquelle je pourrais m’identifier. Et un jour, mon grand frère a ramené une cassette de Public Enemy, et ça a changé ma vie. J’ai trouvé que cette musique, qui venait pourtant du ghetto dans un pays très loin, me parlait à moi. Je me suis reconnu dans cette musique, et je me suis dit que c’est cette musique-là qui permettrait à la jeunesse de mon pays de s’exprimer. A partir de ce moment-là, mon seul objectif a été de devenir un rappeur. Qua d j’ai pu partir à l’étranger faire des études, j’ai fait croire à mon entourage que je voulais aller aux Etats-Unis pour l’université, mais en réalité, je savais que deviendrai un MC.

Que répondez-vous à ceux qui, aux Etats-Unis surtout, commencent à dire que le hip-hop est mort, comme on dit parfois que le rock ou le punk sont morts ?

Je réponds que c’est incroyablement présomptueux de penser que la survie d’un mouvement comme le hip-hop, d’une philosophie comme le hip-hop, dépend de la production d’une poignée d’artistes, principalement aux Etats-Unis. Une philosophie ne meurt jamais, elle survit, elle évolue, et est reprise par d’autres, ailleurs. Je crois que l’avenir du hip-hop est en Afrique. Les conditions qui ont vu son apparition aux Etats-Unis sont pour une grande part révolues : les questions raciales, les questions sociales, les combats des années 70 et 80 qui ont motivé l’invention du hip-hop, n’ont plus lieu d’être aujourd’hui aux USA. C’est une société qui vit désormais dans le confort, et où l’égalité est réelle. En revanche, dans tous les pays qu’on appelle aujourd’hui le tiers-monde, la colère et l’envie d’en découdre qui constituent le fondement du rap, sont intacts. Et je crois qu’il appartient aux jeunes MCs africains, comme moi, de se battre pour faire émerger cette nouvelle voix. Nous devons nous approprier le hip-hop, parce que l’avenir, c’est nous.

Vous souhaitez voir l’avènement d’un rap authentiquement africain ?

Oui et non. Je crois qu’il ne faut pas catégoriser le hip-hop. Dès lors qu’on commence à le morceler, à le diviser en rap west coast, east coast, africain, ou quoi que ce soit, ce n’est pas une bonne chose. Ce qui importe, c’est ce qui est dit, c’est la voix qui s’exprime. Et je veux entendre de nouvelles voix, de plus en plus : la voix des gens, sur la planète, qui vivent dans les conditions les plus difficiles, qui vivent sous l’oppression de gouvernements militaires et corrompus, qui vivent dans la pauvreté. Aujourd’hui la culture hip-hop est accaparée par quelques uns, dans les pays développés, qui l’exploitent en scandant des revendications fallacieuses. C’est en Afrique que le hip-hop a un avenir.

En France, l’un des moteurs du rap dans les années 90 a été l’envie, pour les jeunes de banlieue, de montrer une autre image de leurs quartiers, souvent décrits comme des ghettos dangereux dans les médias. Est-ce que ça fait partie de vos motivations ?

Absolument. Ce n’est pas un hasard si je m’appelle Blitz L’Ambassadeur. Je crois qu’il est très important de parler de l’Afrique différemment. Il es très important que les artistes africains prennent la parole pour dire leur vérité. Le discours occidental sur l’Afrique, ce droit-de-l’hommisme condescendant, est injuste et faux, suffisant et insuffisant. J’essaye de parler différemment du Ghana, où je suis né. J’essaye d’être une voix africaine, pour les Africains.


L’évocation seule de leur nom rappelle les meilleurs moments de Stax Records. Créés en 1962 par les sulfureux Bubby King et Mister Clean, le Yaourt Soul Experience écume, depuis cinq décennies, les quatre coins de la planète pour faire vibrer leurs cuivres nerveux et nous faire revivre la grande époque de la Mowtown. Avec une formation qui compte aujourd’hui près de quinze musiciens, ils ont ouvert le Sakifo et, pour le plus grand plaisir des festivaliers, ont fait un featuring avec Sharon Jones et Liz Ogumbo. On a rencontré les deux créateurs de ce groupe mythique de la scène soul, sans costard ni lunettes noires, dans les allées du festival, en mode post-show. Entretien express.



Fin mai, vous étiez au Kabardock pour le cinquantième anniversaire du groupe, l’un des plus vieux de la scène soul. Et ce week-end, vous avez fait l’ouverture du Sakifo... Décidément, les réunionnais ont de la chance...

Mister Clean : Oui, ça été un réel plaisir d’être invité sur ce festival, d’avoir l’honneur et la chance de l’ouvrir, de donner un peu le ton de cette grande fête. On a vraiment pris du plaisir à participer à cette 9ème édition. Et puis on se sent bien à La Réunion, depuis la première fois qu’on y a mis les pieds...

Tout s’est donc formidablement bien passé...

Bubby King : Toute proportion gardées par rapport au Wattstax [concert donné le 20 août 1972 au Los Angeles Coliseum, organisé par Memphi’s Stax Records, et considéré par beaucoup comme le Woodstock noir, NDLR], on pense que c’était quand même pas mal (rires). On s’est bien éclatés, on a pris beaucoup de plaisir, l’équipe est vraiment géniale. Bref, on a fait péter la musique...

Programmés très tôt, vous avez pu profiter pleinement du festival. Quels sont vos coups de cœur de celui-ci ?

Mister Clean : Chinese Man, belle découverte... Parmi les artistes qu’on a vus, on a beaucoup aimé la française Claire Denamure, très belle voix. Également Liz Ogumbo, qu’on avait rencontrée sur l’IOMMA et qu’on a invitée sur scène pour un petit morceau improvisé : très belle rencontre. Calypso Rose, impressionnante.

Bubby King : Le problème, quand tu joues, c’est que ça te bloques l’accès à certains spectacles, donc du coup, on essaye de regarder un maximum de choses, et on navigue comme un festivalier, de droite et de gauche, sauf qu’on a la pression de jouer...

Mister Clean : Et puis bien sûr, il y a miss Sharon Jones, qui nous a très gentiment invités à partager un moment sur scène avec elle, et qu’on ne remerciera jamais assez. Curieusement, on n’avait jamais joué avec Sharon, alors qu’on est un peu de la même école, on est dans le même carré, puisqu’on avait joué avec Jimmy Hendrix, James Brown, Otis Redding, Ray Charles... Mais Sharon, jamais...

Bubby King : On a invité Sharon sur notre set, parce qu’on avait écrit un morceau pour elle, qu’on avait transmis à son management, il y a quelques mois. Et puis, juste avant d’arriver au Sakifo, on a reçu un message de New York nous informant qu’elle serait bien sur scène avec nous.

Mister Clean : Mais il y a eu un problème d’avion et d’horaires, et ça n’a pas pu se faire le vendredi. Rendez-vous manqué. Du coup, on a remis ça scène Salahin, et on a dansé avec elle, un quart d’heure après le début du show... Elle nous a, en quelque sorte, renvoyé l’ascenseur. Ça a été un vrai plaisir de la rencontrer à La Réunion.

Et parmi les actualités, outre votre neverendless tour, il se dit que vous allez sortir un DVD Live...

Oui, c’est vrai. Un DVD d’un concert privé qui a été capturé le 23 mai dernier au Kabardock. Là, on va donc avoir un gros travail de mix et d’écoute. On va travailler dessus et réfléchir afin de savoir un peu ce qu’on va mettre dedans. Sa sortie est prévue en octobre.


La musique avec un grand M, comme l’amour avec un grand A. Ces mots sont du rappeur réunionnais Alex Sorres. Normal, le bonhomme a un cœur gros comme ça. Et des qu’il monte sur scène, on parierait qu’il se branche sur du 220 volts, tellement son show est puissant, son charisme évident, et sa testostérone à fleur de peau. Rencontre avec celui qui affirme porter un rap de la créolité, et qui sort, en octobre prochain, un album sous le label Sakifo Record. Et parce qu’à L’Azenda, on n’est pas pingre, on vous met le son de la rencontre, à la fin duquel Jérémie Lapra, bassiste talentueux et acolyte d’Alex sur ce prochain album, nous raconte, avec humour, ce qui l’a poussé à rejoindre l’aventure.

interview complète à écouter sur le lecteur en haut à droite de l’article sur cette page !

On t’avait rencontré, il y a quelques semaines, alors que tu étais en pleine préparation de ton album... Tu en es où ?

En fait, le mixage est terminé. Il me manque quatre ou cinq titres à masteriser. Mais comme j’ai voulu absolument faire un produit local – bon, il y a quand même Camille Bazbaz qui a bien mis le nez la-dedans – j’ai mixé ça à La Réunion : la plupart des prises ont été enregistrées ici. Tout a été fait chez moi, à Piton des Goyaves, mixé et masterisé chez Jean-Philippe Lauret.

Comment qualifies-tu travail ? Quels mots doit-on mettre sur ton style musical ? A la vue du concert, il est très riche (rap, sonorités africaines, etc.)

J’ai voulu d’abord régler mes comptes avec le hip-hop, ça, c’est sûr. Je vais être un peu vantard, tu vois, mais été très en avance, trop en avance.

Ca veut dire quoi, « régler ses comptes » ?

J’écoute du rap depuis 1991. J’étais tout petit. Les premiers Rap Attitude, les premier Public Enemy. J’ai grandi dans une touffe de vétiver, et automatiquement, j’aurai toujours ça, mon côté créole. Il sera toujours là. Et même s’il y a un beat qui tourne (parce qu’on a très peu samplé, presque tout a été joué), il n’empêhe qu’en rappant créole dessus, ça devient... Ca donne une touche...

Finalement, tu affirmes être dans un rap de la créolité...

Je suis réunionnais. Je suis réunionnais avant d’être français : j’ai parlé le créole avant de parler le français. C’est pas un truc raciste, non, c’est juste une réalité. Avant d’avoir, certes, les origines que j’ai, je suis réunionnais.

Dans ton rap, on sent que tu portes un amour pour les mots, puis pour le beat qui va dessus. J’ai le sentiment que tu écris d’abord les mots, puis la musique, et non le contraire...

Ca dépend. Par exemple, Étoile Dieu, je l’ai écrit à Tahiti, quand j’y étais, avec Gaelle Trulès notamment, on avait des accord, mais pas d’instrus... Et d’autres morceaux, c’est le contraire...

Quelles sont tes influences, qu’est-ce que tu écoutes à l’heure actuelle ?

Parfois je n’écoute rien du tout, parfois j’ai l’impression de copier et je déteste ça, mais de tout ce que j’écoute, du rap au rock en passant par le reggae, du calypso, de la musique brésilienne, Alain Peters... Alain Peters, il m’a bouleversé. Dès que Sergio m’a fait écouter, il y a dix ans à peine, je l’avoue... Il va continuer de me bouleverser, et ça va continuer comme ça... Alors nous, quand on joue, on bœuf, et puis ça sonne comme Féla, mais pas tout à fait, ça « ressemble à » mais ça ne l’est pas tout à fait, enfin... La musique, la musique avec un grand M, comme l’amour avec un grand A.

Donc cet album : la date de sortie ?

Octobre. Sakifo Records. « Prière si prière ». En fait, cet album, j’ai l’impression qu’il résume les trois ans. Il résume exactement les trois ans que j’ai passés. De 2009 à 2012, il y a une grosse partie de chaque moment de ma vie.

J’ai hâte d’écouter ça...

Ben, lé pou nou.

J’ai vu que tu étais programmé assez tôt. Tu peux donc aller voir des concerts. Quel est ton programme ?

Saul Williams. Mais là, franchement, je décompresse.


Les PLANS de L’azenda pour chaque jour du Sakifo dans la galerie médias ci dessous !

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