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Sakifo, le petit tamis

Vous n’avez pas encore eu le temps de trier la programmation du Sakifo pour trouver les pépites de la nouvelle édition ? L’équipe de L’Azenda vous aide.

LA SÉLECTION DE FRANÇOIS

COLD SPECKS

C’est sans doute mon côté réac : après avoir vu débarquer en nombre grandissant ces dernières années des formations super festives, j’éprouve l’envie de retrouver des musiciens fabriquent collectivement quelque chose d’autre que de la danse. J’ai aussi envie de voix, de moments noirs, de parenthèses suspendues dans la folie festive qu’est un festival. Cold Specks me semble être l’un des choix de programmation les plus singuliers de cette édition : plus grand-chose à fredonner sous la douche dans les derniers morceaux de la Canadienne Al Spx, dont la voix forte, à mi-chemin entre Alela Diane et Tina Turner, s’était pourtant illustrée par le passées sur de belles chansons rock & folk rauque. Sur Neuroplasticity, les arrangements ont pris de l’épaisseur et du faste, avec notamment l’ajout d’une clarinette basse (instrument que j’adore). Et bien que la raison économique pousse l’artiste à se produire en concert en formation réduite, avec le combo machines + clavier désormais syndical, ceux qui aiment les ambiances et l’émotion autant que les trémoussements et la transpiration seront largement récompensés.

On a beaucoup entendu parler ces derniers mois à La Réunion des Dizzy Brains, ce groupe malgache de rock garage interdit de radio dans la Grande Île et qui crache une révolte aussi saine que ses références, où les Sonics côtoient Jacques Dutronc. Explosifs en live et très talentueux, ces jeunes rebelles ont beaucoup attiré l’attention des média, peut-être plus pour l’originalité et la force de leur histoire que pour celle de leur musique, qui gagnerait à s’émanciper de ses influences.

SONGHOY BLUES

À première vue, on pourrait avoir la même (légère) méfiance pour Songhoy Blues, groupe originaire de Timbuktu dont le parcours atypique présente une comparable efficacité narrative. Lorsque le nord du Mali tombe sous le joug d’un mouvement djihadiste en 2012, Garba, Aliou et Oumar Touré sont contraints de migrer vers le sud et la capitale, Bamako. Ils ne sont pas de la même famille mais appartiennent tous au peuple Songhaï. Ils créent alors un groupe pour faire revivre l’ambiance perdue de Timbuktu et son blues du désert, et entament ensemble la tournée des clubs de Bamako. C’est en auditionnant pour le projet de Damon Albarn, Africa Express, qu’ils rencontrent Nick Zinner, guitariste du groupe new yorkais Yeah Yeah Yeahs, qui co-produit leur premier album avec Marc-Antoine Moreau, directeur artistique derrière, entre autre, le succès d’Amadou et Mariam. Le groupe est au générique d’un documentaire de 2015 qui raconte l’histoire de musiciens exilés comme eux, et le titre de leur premier album est tout simplement Music in Exile. C’est le genre de situation où l’histoire pleut facilement passer au premier plan, et faire oublier la musique.

Mais ce qui distingue vraiment Songhoy Blues, c’est leur son. Sous l’influence des deux producteurs, le groupe a trouvé un mélange électrisant et super frais de blues touareg, de grooves exubérants et de gros amplis à l’américaine pour produire une musique à la fois familière dans son usages des souches traditionnelles maliennes, et d’une éxubérance festive totalement débridée et finalement assez nouvelle. Porté par l’un des plus gros sons de guitare que j’ai pu entendre ces dernières années, ce groupe est une implacable locomotive qui doit, en concert, développer une énergie phénoménale.

  • Musique

    Songhoy blues

    SAM 4 JUIN 2016 - 00:45
    DIM 5 JUIN 2016 - 21:30

LA SÉLECTION D’ANTOINE

TOO MANY ZOOZ

Après que j’ai vu une vidéo survoltée où le trio sax-batterie-trompette retourne la station de métro Union Square (New York City, ma gueule), la question ne s’est plus posée, c’est eux qu’il faut voir. Ils carburent à un tel régime qu’ils pourraient tenir tête à une armada de fanfares en se la pétant entre moonwalks et pas de danse perchés. Si on élimine en moyenne 2,4 litres d’eau par jour, un live de Too Many Zooz décuplera ce nombre, vous rendant plus aride que l’Atacama mais remplis de vibrations aussi pêchues qu’orfèvres. Il n’y aura pas besoin de pleuvoir au Sakifo cette année, nous serons la pluie.

  • Musique

    Too Many Zooz

    SAM 4 JUIN 2016 - 00:45
    SAM 4 JUIN 2016 - 21:00

EMIR KUSTURICA & THE NO SMOKING ORCHESTRA

Comme je compte bien ne pas survivre à ce Sakifo en fanfare, j’opterai pour un fatality en règle sur les folies balkaniques du grand Emir et crânerai durant tout le festival en répétant « Kou-stou-ri-dza, comme on dit dans sa Serbie natale » par pur snobisme. En tout cas, c’est clair, je compte bien exploser le record de spm (sauts par minute) en me la collant sur des rythmes déchaînés.


LA SÉLECTION DE MANZI

JEANNE ADDED Samedi 4 Juin | 20h00 | Poudrière

Pour préciser au public qu’il faut prononcer « A dead » et pas « A did ». Parce que son album fait partie de ceux que j’ai le plus écoutés l’année dernière. Parce que je l’ai vue au Paléo Festival en 2015 et que son concert m’a un peu déçu. Parce qu’il faut toujours donner une seconde chance. Parce que y’a du PJ Harvey chez cette diva. Parce que c’est du rock et c’est assez rare au Sakifo. Parce que j’ai envie de secouer mon carafon sur War is coming .

NAIVE NEW BEATERS

Parce que samedi soir, ce show déjanté est le seul capable de me faire bouger mon boule. Parce qu’il me faut ma dose annuelle de n’importe quoi, d’hybride sur la scène des Filaos. Parce que ces hurluberlus sont les seuls à proposer un truc aussi couillu, farfelu et pointu. Parce que ces touche-à-tout bricolent des clips hilarants comme ils enchaînent les tubes. Parce que ces brasseurs d’airs peuvent se transformer en brasseurs de bières. Parce qu’ils ont concocté la Naive New Beer, une bière qui tabasse autant que leurs lignes de basse


LA SÉLECTION DE ZERBINETTE

La première fois qu’on a rencontré Zerbinette, elle nous a annoncé quelque chose du genre : « La musique de toute façon, j’aime pas ça, et puis je m’en cogne. » Mais le Sakifo est aussi le moment où les gens pas forcément intéressés par les concerts se laissent tenter par un nom à l’affiche, et nous avons insisté pour avoir son avis, que voici : « Qui irai-je écouter au Sakifo 2016 ? Deux femmes sinon rien. Une mythique voix de la Soul, et une suave voix dans la foule. Macy Gray et Lou Doillon. What else ? »