On y était

à la rame ?

Saut’ la mer...

Danse, théâtre, musique, live et video..

.. Spectacle sur le thème de l’exil et des origines, de l’appartenance et de la famille : voilà un programme alléchant. « Saut la mer à l’envers » est une création du collectif Bruxellois LookAtMeKid, montée dans le cadre du dispositif Bekali 2018 et présentée hier au Séchoir, en première.


“Le collectif multidisciplinaire (danse-musique-théâtre-cinéma-lumière) Lookatmekid explore dans cette nouvelle création le paradoxe des eaux profondes, leurs mystères et leurs peurs. Avec toutes les générations antérieures qui les ont traversées. Une exploration des migrations maritimes du point de la généalogie familiale de la chorégraphe. Un spectacle où interviennent danse, musique live, vidéo, un chœur de figurants et des figures inanimées à taille humaine. Une croisière dont ne sait si elle navigue ou s’échoue. Un voyage, un naufrage.

Ile de La Réunion, Argentine, Belgique, Allemagne, Corse, France métropolitaine... c’est de tous ces endroits que sont originaires les membres du collectif Lookatmekid. Les artistes qui le composent se sont rencontrés pour la plupart à Bruxelles, métropole européenne où se retrouvent des gens venus du monde entier.

De nombreux spectacles et films, de nombreuses résidences artistiques, ou collaborations ont été menés en Belgique mais aussi au Canada, en Allemagne, en Argentine. Après 5 années entre la scène internationale et La Réunion, le collectif s’installe de façon durable sur l’Ile. Pour reprendre le titre de sa création en cours, le collectif « saut’ la mer à l’envers » ! En effet, la chorégraphe du collectif fait finalement le voyage inverse de sa mère créole. Revenir sur une île dont on est originaire. Revenir à la source. S’implanter sur son territoire de cœur” ( Texte de présentation : Cité des Arts ).

“Une odyssée, une traversée Ulysse La Méditerranée, le canal du Mozambique comme des cimetières. Des bateaux qui se retournent. Barques et paquebots se croisent sans se voir, à leur bord des passagers plein d’espoir, un ailleurs, une vie meilleure, une asymétrie typique de notre époque. La tête en arrière. Se retourner. Sauter”.


Le pitch laisse planer le mystère. Très bien, « allons-y un peu pour voir ». Maintenant que c’est fait… Perplexité. Alors ? Spectacle qui décoiffe ou cheveux dans la soupe ?

Bekali, kwé ki lé ?

Ce « projet de territoire pour la création réunionnaise » regroupe, sous l’impulsion du TCO, trois salles de l’Ouest (le Séchoir, Lespas et le Kabardock), qui « soutiennent ensemble les créateurs du spectacle vivant réunionnais ». Le but est d’offrir aux artistes la possibilité de penser et de développer leurs créations sur un périmètre plus large, et d’encourager les nouveaux talents. Concrètement, les spectacles soutenus par Békali bénéficient d’apports en coproduction, d’accueils en résidence, d’accompagnements techniques et d’un soutien à la diffusion. Des projets d’action culturelle décentralisée sont également mis en place dans ce cadre. Chaque année, trois projets artistiques réunionnais sont sélectionnés pour en bénéficier. Ainsi, depuis sa création en 2011, 24 spectacles ont vu le jour avec le soutien du Békali. « Saut la mer à l’envers » en fait partie.

Les mots

Ca commence plutôt bien. L’entrée en matière, à l’image d’ailleurs de l’ensemble du propos, est agréable. Sur le ton naturel d’une conversation, l’artiste crée une proximité et un climat de confidence très plaisant. On est toute ouïe. Marion Schrotzenberger (auteure, chorégraphe et interprète), livre une réflexion originale, intelligente, touchante de générosité dans l’intime qu’elle livre. L’intention est authentique, on en redemande.

Le show

Nous avions rencontré Marion avant le spectacle. Elle précisait alors : « le geste est utilisé pour montrer l’impalpable, l’émotion, le souvenir ». Les séquences chorégraphiées accomplissent cette mission, sur ce point. Sans forcément intellectualiser ce qui se raconte dans le mouvement, l’émotion passe, dans toutes les nuances d’un au revoir, jusque dans le malaise de vivre dans un endroit qu’on déteste.

Ajoutons, sur le plan visuel, un décor animé sur écran par Joaquin Breton (concepteur et réalisateur vidéo), qui réserve de jolies surprises et, sur le plan sonore, une performance plutôt réussie du multi-instrumentiste Ismaël Colombani (compositeur et interprète).

Il y a un mais

Hélas ! le bémol s’incruste rapidement, sous la forme de longueurs qui alourdissent le rythme général jusqu’à la limite du décrochage total. On s’agace en silence de la lenteur de certaines transitions au sens pour le moins obscur.

« Ce n’est pas une histoire avec un début, un milieu et une fin », expliquait Marion en avant propos. « Ce sont plutôt des bribes d’existence prises pour aborder une question de fond sur la famille et ce qu’on appelle « chez soi ». » Pourquoi pas, mais même en gardant ce choix en tête, le spectacle manque de lien dans la forme. Ça se disperse parfois, on s’y perd.

Certains passages se posent là comme des cheveux sur la soupe, voire comme de parfaits instants « What the f…ck ? » sortis de nulle part. L’artiste parle de ses origines indonésiennes, par un récit fluide, bien amené, agrémenté d’une légende bien trouvée… sur quoi s’enchaîne une danse de dragons (de lions ?) venus d’un nouvel an chinois dont on ne sait pas trop quoi faire. Qu’est ce qui se passe ? Nous voilà parachutés sans sommation dans le 13e arrondissement !

Je retiens également, dans la catégorie « capilotracté », la métaphore de fin. Une histoire de cheveux, là aussi, très chouette à écouter, se termine maladroitement sur la morale suivante : on peut couper les pointes mais les racines ne s’arrachent pas. Y’a de l’idée. Le musicien, assure son rôle de « sideman » discret tout au long de la pièce avec beaucoup de classe. La scène de fin, c’est son moment : debout, micro à la main, il se met à chanter (très joliment, au demeurant) « Orange, Oranger, Naufrage, Naufragé »… Que vient-il faire dans cette galère ? Bon, admettons. Le lâcher d’oranges qui roulent partout au sol, c’est peut-être conceptuel, symbolique, ou peut-être juste un peu too much.

Si on se doute bien qu’un sens profond sous-tend l’ensemble de la proposition, le rendu demeure confus, l’effet quelque peu « fouillis ». A trop vouloir partir dans tous les sens, on perd la cohérence.

A la sortie, les avis sont partagés. Le mieux serait encore maintenant de vous faire le vôtre.

Lalou


Zot la di

Un spectacle plein de charme, de surprises, qui invite au voyage. Vraiment ça nous ramène à l’essentiel : c’est à dire savoir d’où tu pars et d’où tu viens pour bien connaître ton chemin et continuer à avancer. Oui, surtout continuer à avancer. Ca, mélangé avec la danse, la musique, la voix et l’image c’était un spectacle MA-GNI-FI-QUE.

Un beau voyage, un beau voyage à l’intérieur, un beau voyage vers l’autre, vers soi. Magnifique, des rencontres d’arts différents : le chant, la danse, le mouvement, la parole, une belle voix, des personnages, des figures, de l’image, le tout rempli d’émotion. Magnifique, transportée.

Très beau spectacle du collectif Lookatmekid.
Il faut absolument aller voir ce spectacle parce que c’est un spectacle total : de la danse de l’émotion, magnifique traitement de l’image vidéo, musique somptueuse.. Je ne vais pas trop en dire parce que il faut y aller ouvert... Mais allez y c‘est génial !

Je faisais de la figuration dedans. C’était vraiment un très beau spectacle. On a pris beaucoup de temps à le préparer. C’était super beau à voir.

Propos recueillis par Lalou à la fin de la représentation.


Danse - théâtre | Collectif Lookatmekid| « Saut’ la mer à l’envers »

  • JEU 15 NOV 2018 - 18:30 - Léspas Culturel Leconte de Lisle - St Paul - Tarif : 5€/10€
  • VEN 16 NOV 2018 - 20:00 - Léspas Culturel Leconte de Lisle - St Paul - Tarif : 10€


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