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Sax Friends… and more

On le sait : la musique réunionnaise charme et inspire de nombreux mélomanes à travers le monde. Ses couleurs, son soleil, son histoire, ses blessures en font chavirer plus d’un. Naturellement, les plus atteints d’entre eux finissent forcément par chercher à la marier. La rencontre se fait ici avec le jazz américain d’un musicien Normand… et cette fois, ça « matche ».

« Les harmonies du jazz américain sur les timbres rythmiques de l’Océan Indien »

Gaël Horellou découvre la Réunion en 2011. C’est là que ce saxophoniste de jazz tombe amoureux des musiques de l’Océan Indien et plus particulièrement du maloya. Il raconte : « j’ai été vraiment très étonné de rencontrer une culture et une richesse musicales sur un territoire français, dont je n’avais jamais entendu parler, ou très peu, et qui méritent une place dans le paysage musical mondial ». C’est le coup de cœur. Cette pulsation venue d’Afrique, on la retrouve dans le jazz. « Tout le monde ne l’entend peut-être pas comme moi, mais je trouve que le rythme ici tourne comme dans le jazz, c’est juste qu’on met pas l’accent au même endroit », expliquait-il dans l’Azenda en 2016.

A l’issue de la rencontre et des premiers échanges avec des musiciens locaux, germe alors l’envie de fusionner son cuivré jazzy et les percussions d’ici. Depuis 2014, entre résidences et concerts, le projet prend forme et se concrétise en 2017 par la sortie d’un premier album : « Gaël Horellou Identité ». Le public est conquis par la qualité de l’ouvrage, qui reçoit des critiques élogieuses (élu notamment album de l’année par TSF jazz).

Dialogue fusionnel

Dedans, il y a des compositions, des morceaux traditionnels réunionnais et un standard du jazz, réinventés. Les influences s’alternent, se cherchent, se croisent, se mêlent, tout en nuance et sans lâcher le fil qui donne à leur danse son unité. Tantôt festive, tantôt perchée, l’idylle se garde de tomber dans un folklore de cocotiers en carton pâte / musique « l’eau sucrée ». Le jazz ne cherche pas à étaler sa science, le maloya se maintient dans le vrai. Exit le sirupeux tarabiscoté, pour ne garder que la générosité et la virtuosité de l’affaire. En live, le tout donne un « dialogue fusionnel » au large registre musical, des questions / réponses et des improvisations pleines d’énergie et de groove.

Bonne nouvelle et double bonne raison de venir l’écouter : en résidence à Lespas du 16 au 19 avril, le groupe prépare un deuxième album. Je vous le donne en mille, Emile : il sera enregistré dans la foulée, en live, lors des deux concerts prévus sur l’île.

Pour l’occasion, des invités viendront partager la scène. Et évidemment, L’Azenda ne manquera pas de vous parler très bientôt de cet album.

Identités

L’identité : vaste débat, actuel s’il en est. Le terme ici questionne surtout celle d’un « musicien qui vient à la rencontre d’une culture musicale puissante », et son positionnement. Le maloya est une tradition vivante, transmise de génération en génération, qui imprègne ceux qui le jouent si bien qu’il relève en eux de l’évidence. « Moi je suis né en métropole, je suis un musicien de jazz : c’est mon identité que je questionne. Qu’est-ce que je vais amener dans cette rencontre ? ».

Je sais que l’île abrite son comptant de jazzmen pointilleux : ils sauront trouver là un projet magnifique à apprécier en fins connaisseurs. Mais ceux qui se disent en général « le jazz c’est pas pour moi », y trouveront peut-être l’exception qui confirme leur règle. Quant au maloya, ce projet en est bel et bien un hommage et non une instrumentalisation pour un simple « coup de com ». La démarche est sincère : cela se sent et s’entend.

Pour votre plaisir, pour l’histoire, pour le frisson… Rouv zot zoreils et allé assise devant.

Lalou


  • Gaël Horellou - Identité
  • Jeudi 19 avril 19h | St Paul | Lespas | 10-15€
  • Vendredi 20 avril 19h | Plaine des Palmistes | Espace Culturel Guy Agenor | 20€