Coup de coeur

Chute ! | 16 et 17 juin 20h | St-Leu | Le K | 8-16€

Silence ! Ça tombe

T’as pas assez bouffé de porters au Tempo toi hein ? Tu veux encore du cirque contemporain participatif et pointilleux : ça tombe bien Le Séchoir propose deux représentations du spectacle Chute ! le 16 et 17 juin au K.

Cette année, on est verni à La Réunion puisque les Théâtres Départementaux avaient accueilli, en avril, sûrement l’un des plus grands moments de vertige calculé avec la performance Le Vide de Fragan Gehlker et Alexis Auffray. Le Séchoir poursuit sur cette lancée avec un spectacle de recherche circassienne très attendu qui s’intéresse au tabou ultime des circassiens : la chute.

Le duo composé par Matthieu Gary et Sidney Pin joue aux apprentis sorciers de la pesanteur avec une approche souvent très ludique qui me conduit à les surnommer : les Fred et Jamy de la cabriole. Pendant une heure, sur un tatami, ces deux amis vont s’employer à tomber et à théoriser ces essais. Cet espace de jeux et de réflexions, éclairé de façon très brute, ressemble à une conférence jamais pompeuse sur la gravité. C’est même une démonstration plutôt burlesque, sans gravité. Vous me suivez ?


Appréhender la gravité et en rire sans gravité

Issu du Collectif Porte27, cette génération d’acrobates veut démontrer que la chute peut être aussi belle que la réception. À l’instar de la danse contemporaine qui a assumé les contraintes du corps plutôt que de les cacher, ces jeunes circassiens ne cherchent plus à lutter contre la gravité mais veulent la partager, l’expliquer et surtout la sublimer. Jean Cabaret, grand fan de Vidéo Gag et programmateur du Séchoir, reconnaît « être fasciné par la chute, ce moment qui pourrait ressembler à une perte de dignité ».

Il a été séduit par le dispositif très intimiste de cette performance – nous serons à peine 150 spectateurs au K - où le public côtoie les artistes de chaque côté de ce « ring », sent les corps, ressent les chocs ; ce qui permet de rire de la chute plutôt qu’à ses dépens.

Le spectateur doit donc s’attendre à être au plus prêt de la violence des collisions pour y éprouver certainement de l’empathie, voire même un certain plaisir masochiste (par procuration malheureusement).

Peu à peu, l’humour complice de ces deux tombeurs aboutit à une domestication de la chute, prouvant que celle-ci peut être autant redoutée qu’aimée. Du coup, on se retrouve à rire devant le bruit sourd d’un corps qui s’écrase en même temps qu’on frissonne en craignant la perte d’équilibre. Les moments d’opposition sont aussi puissants que les phases fusionnelles et cet art du tombé-rattrapé, finalement très proche de la danse, devrait vous émerveiller par sa beauté fragile et brutale.

Les plus philosophes verront dans cette chorégraphie tragicomique une réflexion sur les motivations des acrobates à repousser les limites de leur passion et sur la faculté de l’Homme à toujours se relever.


Manzi