Portrait

Skoloband

Skoloband, c’est une formation musicale d’altitude, venue de « Yabilie » du Sud. Sa musique originale sonne frais comme la brise des hauts, étrange, chantante et libre. Une affaire musicalement pointue (ou carrée, c’est selon)… mais complètement débridée, pour ne pas dire parfaitement dingue.

Ils sont huit (c’est donc un « huit-têtes », diront-ils). Huit personnages hauts en couleurs, passionnés entre autres du jeu d’échec, de jazz et de musique en général. Faisons un tour de table.

Katrine Lucilly au chant, est la seule femme du groupe, « membre à l’insu de son plein gré ». Stéphane Richardson donne lui aussi de la voix. Maxence Emprin se présente comme le « Saxossiste » de Skoloband. Mickael Beaulieu, pianiste et choriste, « avec beaucoup d’engrais ». Eric Lucilly batteur, fondateur et « modérateur » du groupe. A la trompette et au sax, Dave Jones. Luc Delalleau joue au poste de guitariste (« malgré Eric »). Enfin, Gilles Sztym est bassiste (« et grooveur de mouches »). Jazz « Under Roche »

Skoloband a vu le jour en 2006. Quatre élèves de l’atelier jazz du conservatoire de Saint-Pierre se proposent de jouer ensemble, le but au départ étant avant tout d’expérimenter. « On travaillait des gammes, des formules rythmiques, sans objectifs particuliers… des trucs un peu « strange » qu’on aime bien », raconte Eric.

Ils se retrouvent d’abord en trio. Influencés par les musiques d’Henri Texier, François Jeanneau, Daniel Humair, Miles Davis et autres, ils tentent des reprises. « On faisait des reprises de Scofield et tout… Après, quand on a compris que c’était un peu trop fort pour nous, on a décidé de faire nos propres compositions. Au moins ça, on sait les jouer », dit Eric le (vrai) modeste… Il compose donc, partant en général d’une ligne de basse (il est batteur mais « pas que »). Le collectif tisse ensuite les morceaux sur cette base.

Le groupe s’élargit peu à peu. C’est avec l’ajout de paroles, puis à la réaction des premiers spectateurs de leur entourage, qu’un projet commence à émerger. Mickaël explique : « les thèmes sont parfois un peu compliqués, pas habituels. Le fait de mettre des paroles rend l’ensemble plus accessible, plus ludique ».

Ainsi naît le concept tout à fait innovant de « jazz under roche contemporaire ». Non, ça n’est pas dans le dictionnaire mais ça dit bien ce que ça veut dire.

C’est certain : la musique de Skoloband est spéciale, dans le sens positif du terme. C’est indéniablement du jazz (branche de prédilection et formation initiale des musiciens), dont l’esprit de grande liberté, prend ici une dimension quasi-philosophique ! La part belle est donnée à l’improvisation, à l’échange complice entre les musiciens. Les structures rythmiques asymétriques, peu banales, s’associent à des textes plein d’humour, d’allusions et de références, comme autant d’histoires racontées.

L’ensemble est extrêmement riche, mais tout en légèreté. Tantôt cela vous colle un sourire aux lèvres ou réveille une inexplicable envie de faire n’importe quoi, tantôt ça vous vrille le cerveau à la limite de la décompensation psychique. Le tout dans la fraîcheur et bonne humeur.

Pragmatitude

Leur premier EP (4 titres), intitulé « Pragmatitude », sortira le 19 juillet, à l’occasion de leur concert pour Opus Pocus à St Paul. C’est un cap de franchi : pour la troupe exigeante du Skoloband, la réalisation de cet EP a représenté un travail déjà bien conséquent.

En effet, tout y est fait « maison », avec l’appui de l’association L’atelier 212. Une des tâches les plus importantes étant de « figer » les morceaux, de les structurer et d’en fixer les partitions : « c’était du sport », explique Maxence, qui s’est chargé de l’édition et du mixage. « On a fait comme ça parce qu’on en avait envie. On a pensé faire comme dans les années 50-60 : sortir des 4 titres, 5 titres, régulièrement », d’entretenir une activité dynamique. La tâche fut donc ardue, mais l’aventure est belle, se tissant de l’effort de personnes réellement investies, humainement et artistiquement. « Tout le monde a donné la main », résume Eric.

Le résultat est très convaincant, jusqu’au visuel de l’EP. Réalisé par Myriam Ducoin, il s’inscrit en une belle cohérence avec la musique « contemporaire », selon l’expression de Mickael.

Skoloband part en live

Le live sera l’occasion de découvrir d’autres morceaux inédits. La scène s’offrant comme terrain d’expérimentations, d’initiatives sorties de l’esprit inspiré de chacun, toutes aussi loufoques que drôles et brillantes.

« Pourvu que ça groove », précise immédiatement Eric. Il faut dire que musicalement, ça tient carrément la route. Le délire est large, mais on ne badine pas avec le groove. Il ne faut pas s’y tromper : se permettre une telle ouverture à l’improvisation, requiert une maîtrise certaine de ce que l’on fait, une capacité d’adaptation instantanée et une excellente connexion aux autres. C’est loin d’être simple et facile. Stéphane raconte : « Les morceaux ne sont jamais figés. C’est pour ça qu’il n’y a jamais deux concerts identiques. Ils (ndrl : les musiciens) font ce qu’ils veulent en concert, et parfois c’est hyper difficile : il faut être extrêmement attentif à ce qui se passe. Moi j’essaie de suivre… Et des fois, moi aussi, je fais « pouet pouet » et je me rends ».

D’accord, Skoloband est un groupe de musiciens très calés, qui font de la musique très originale et de qualité… Mais ce qui fait le plaisir bonus, à les voir ou à les entendre, c’est la complicité qui les lie. Il y a là une grande exigence dans le travail, qui s’inscrit toutefois dans un climat amical, qui autorise le grand délire et les fulgurances. « Quand on est copains, ça fait une alchimie qu’on ne peut pas expliquer ». En tout cas, ça se sent !

Et pour la suite ? Le « huit-têtes » aimerait biensûr sortir un album, à terme. « Notre but ultime, c’est d’être disque d’or »… plaisantent-ils. On leur souhaite. En attendant, prêtez-y une oreille ou deux, ou mieux, testez le live. La curiosité n’est pas toujours un vilain défaut.


Le sens dessus et dessous

Les textes sont tous inspirés d’histoires vraies et vécues. « C’est une grande philosophie interne », nous dit Mickaël. Skoloband réserve en effet quelques subtilités à découvrir. Tour d’horizon des chansons, expliquées par Eric.

« Pouet pouet rends toi » était une vieille compo, sur la base d’un riff de basse que j’aimais bien. Pour l’histoire, je pensais à Tec Tec, un homme qui s’était évadé de prison, un fugitif caché dans les cannes. Un jour, il est passé à l’antenne sur Freedom. « - Mais tec tec, tu es où là ? - Je suis caché je peux pas vous dire »… L’idée de base c’était donc « Tec Tec, rends toi ». Le titre est transformé plus tard, en souvenir de la déconfiture de deux musiciens venus « à l’incruste » improviser sur ce morceau, et restés cois du début à la fin : « Pouet Pouet »…

« Jaschintha Marteau » est un petit clin d’œil à une ancienne élève et un hommage à la faroucherie des gens de la haute (altitude). Cet air et ce rythme vous rentrent dans la tête pour ne plus s’en déloger, se plantant comme un clou dans la mémoire vive.

Autre histoire vraie, celle de la douchette dans « Le sel nous gratte ». Elle parle d’une rencontre sensuelle au camping de l’Etang Salé. Pour information, ce morceau s’inspire de la musique du groupe Aka Moon.

Enfin, c’est Katrine qui raconte le mieux « la Valse de l’Ongle » : « Il était une nuit un chti, profondément endormi dans son plus simple appareil, réveillé par un bruit : un chat… ». S’ensuit un improbable combat entre l’homme et l’animal. Un ongle valse. Nous n’en dirons pas plus, pour ne pas gâcher le suspens de cette folle anecdote…

Lalou


A découvrir à la soirée d’ouverture de la 7ème édition du festival Opus Poucs (du 19/07 au 05/08)