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StrapAntin, un Tam Tam complètement à l’Est !

On ne présente plus Tam Tam mais son alter ego de l’Est mérite aussi le coup d’œil

Tam Tam, c’est un délicieux pied de nez aux normes esthétiques mercantiles plaquées sur les superproductions enfantines, c’est la garantie culottée d’un point de vue original et progressiste où le rire n’est jamais gratuit. De fait, les places s’arrachent et les salles sont souvent complètes plusieurs semaines à l’avance, c’est dire si ce type de manifestation culturelle a rencontré son public à la Réunion, terre avide de spectacle vivant intelligent.

La nouveauté 2016, c’est que Tam Tam s’étend à l’est, plus précisément au Théâtre des Bambous à Saint Benoît, du 11 au 20 octobre. Sous le petit nom de StrapAntin, le festival propose pas moins de 7 créations savoureuses et rocambolesques, dont la plupart sont également jouées à Saint Denis et dans l’ouest, la preuve d’une réjouissante solidarité dans un contexte bousculé par la restriction des budgets.

Ton Azenda préféré te livre ses coups de cœur, à réserver d’urgence d’est en ouest.

Romance, ou le sacre du papier

Voilà un spectacle qui m’attire au moins pour trois raisons. D’abord cette création est tout public à partir de deux ans, ce qui constitue un argument imparable pour attirer tous les membres de la sphère familiale sans se poser de questions.

Ensuite le théâtre de papier, ainsi nommé parce qu’il met en scène des images découpées et projetées, reste à mon sens un sublime stimulant de l’imaginaire enfantin. Ancêtre du dessin animé mais infiniment plus poétique parce qu’il se nourrit de ruptures et d’inventions pour pallier les facilités technologiques, il est souvent vecteur d’émerveillement.

Enfin, comme Eric Domenicone et sa Soupecompagnie est un briscard du genre, réserve tes places en toute quiétude brave spectateur, cette romance-là ne te brisera pas le cœur.


3 Petits Cochons, ou le spectacle désossé pour public carnivore

D’abord brave spectateur, l’affiche du spectacle vaut déjà tous les hommages. Ne résiste pas au bonheur d’ouvrir ton programme du Tam Tam en page 8 pour savourer comme il se doit la photo de ces trois petits cochons sous cellophane, aplatis en escalope de porc dans leur barquette aseptisée.

Comme on le comprend avec pareil visuel, ce court régal de 20 minutes à déguster à partir de six ans propose une version revisitée et détournée d’un conte que tout le monde connaît. Ces trois cochons-là risquent fort de nous tordre les boyaux et, à coup sûr, nous feront gras.

Entre Jean-Claude, " le caractériel qui ne sait dire que non", Paul-Emmanuel "dopé aux amphétamines" et Patricia, "déménageur compulsif " nous quitterons la trop lisse fadeur porcine du conte infantilisant pour nous serrer les côtelettes sur les bancs d’un théâtre d’objet transgressif et jubilatoire.

Une création du théâtre Magnetic dans laquelle Bernard Boudru s’annonce truculent.


La face cachée, ou Guignol sur le divan.

Si ce spectacle m’attire, c’est parce qu’il propose une dissection mentale terriblement attirante : faut-il psychanalyser Guignol, la marionnette originelle si lisse et polie par la popularité que personne jamais n’osa entreprendre son ascension par la face cachée ?

Qui est véritablement Guignol, ce personnage qui court le monde depuis plus de deux cent ans, et surtout, après quoi court-il ?

On peut faire confiance à Filip Auchère, ce marionnettiste et directeur artistique originaire de Madagascar pour répondre efficacement au dilemme. En effet, le bougre travaille avec brio depuis plus d’une décennie sur un chantier d’envergure internationale : comment briser les clichés autour de la marionnette et la débarrasser de l’image ringarde et réductrice qu’elle traîne dans son sillon de naphtaline. Une démarche qui fait sens dans un festival dont Guignol porte tout de même la paternité symbolique.

Zerbinette